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	<title>L’Université Catholique d’Ukraine &#187; La Révolution Orange</title>
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	<description>L’Université Catholique d’Ukraine</description>
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		<title>L’Université Catholique d’Ukraine commémore le premier anniversaire de la Révolution Orange</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Nov 2005 12:10:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[La Révolution Orange]]></category>

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		<description><![CDATA[Une soixantaine d’étudiants et cadres de l’université ont commémoré l’anniversaire de la révolution orange par une marche recueillie, lundi 21 novempbre, de l’université jusqu’à la Cathédrale St-Georges où 300 personnes ... <a class="read-more" href="http://ucu.edu.ua/fr/tak/272/" title="L’Université Catholique d’Ukraine commémore le premier anniversaire de la Révolution Orange"></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright size-full wp-image-273" title="L’Université Catholique d’Ukraine commémore le premier anniversaire de la Révolution Orange" src="http://ucu.edu.ua/fr/files/2010/05/download-31.jpg" alt="L’Université Catholique d’Ukraine commémore le premier anniversaire de la Révolution Orange" width="250" height="168" />Une soixantaine d’étudiants et cadres de l’université ont commémoré l’anniversaire de la révolution orange par une marche recueillie, lundi 21 novempbre, de l’université jusqu’à la Cathédrale St-Georges où 300 personnes environ se sont rassemblées pour la cérémonie de commémoration.</p>
<p>Une soixantaine d’étudiants et cadres de l’université ont commémoré l’anniversaire de la révolution orange par une marche recueillie, lundi 21 novembre, de l’université jusqu’à la Cathédrale St-Georges où 300 personnes environ se sont rassemblées pour la cérémonie de commémoration.</p>
<p>Le cortège s’est dirigé ensuite vers la place de la Liberté, point de départ des manifestations à Lviv, le 22 novembre dernier.</p>
<p>Un moleben à la mère de Dieu a été célébré devant la statue de la Sainte-Vierge au pied de laquelle les personnes rassemblées ont déposé une bougie allumée.</p>
<p>Miroslav Marynovych, premier vice-recteur de l’Université Catholique d’Ukraine, s’est adressé enfin aux participants pour rappeler l’importance de garder présentes et vivantes les valeurs vécues sur Maïdan pendant la révolution. « Si l’on peut critiquer nos dirigeants actuels, nous devons toutefois ne pas laisser prise à la déception mais garder un regard chrétien qui place en premier les qualités de son prochain ».</p>
<p>En commémoration des nombreuses actions menées l’année dernière pour la paix en Ukraine pendant la révolution, l’université a organisé le 25 novembre une veillée de prière inter-confessionnelle pour la paix. Dans ce but, tout comme l’année dernière, un « livre de la paix » a été déposé devant la statue de la Vierge chaque jour depuis mardi 22 novembre de 17 h à 19 heures afin que les passants puissent inscrire des intentions en faveur de la paix en Ukraine et dans le monde. Un groupe d’étudiants de l’université a animé ces rencontres alternant discussions et chants de louanges afin d’attirer l’attention des passants.</p>
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		<title>Le père Borys décoré par le président Iouchtchenko, mercredi 16 février 2005</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Feb 2005 12:13:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[La Révolution Orange]]></category>

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		<description><![CDATA[Le président de l’Ukraine Viktor Iouchtchenko a remis la décoration de l’Ordre National des Mérites au père Borys Gudziak, recteur de l’Université Catholique d’Ukraine « pour sa contribution personnelle considérable ... <a class="read-more" href="http://ucu.edu.ua/fr/tak/276/" title="Le père Borys décoré par le président Iouchtchenko, mercredi 16 février 2005"></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright size-full wp-image-277" title="Le père Borys décoré par le président Iouchtchenko, mercredi 16 février 2005" src="http://ucu.edu.ua/fr/files/2010/05/download-51.jpg" alt="Le père Borys décoré par le président Iouchtchenko, mercredi 16 février 2005" width="250" height="289" />Le président de l’Ukraine Viktor Iouchtchenko a remis la décoration de l’Ordre National des Mérites au père Borys Gudziak, recteur de l’Université Catholique d’Ukraine « pour sa contribution personnelle considérable à la protection de la démocratie, de l’unité, de l’indivisibilité et de l’indépendance de l’Ukraine ainsi qu’à la défense de la liberté et des droits de l’homme et pour sa prise de position active en faveur de la société»&#8230;</p>
<p>Le chef de l’Etat a remis cette décoration à l’occasion de sa rencontre avec les personnalités académiques à l’Université Nationale Ivano Franko de Lviv.</p>
<p>Le Président a également remis l’Ordre National des Mérites à Monsieur Ivan Vakartchouk, recteur de l’Université Nationale Ivano Franko, à Monsieur Mykola Horyn, chef de sa campagne électorale à Lviv, à Monsieur Myroslav Hertsyk, recteur de l’Institut de la Culture Physique ainsi qu’à Monsieur Stepan Koubiv, président de l’administration de la société par actions « La Banque du Crédit ».</p>
<p>Le père Borys était accompagné des vices-recteurs de l’université.</p>
<p>Selon Myroslav Marynovytch, cette décoration est « vraiment méritée ». Le vice-recteur a rappelé à cette occasion qu’il y avait un an, les représentants de l’administration de l’ancien président avaient proposé de remettre une décoration présidentielle au recteur de l’UCU. Après réflexion sur cette proposition le père Borys Gudziak avait décidé d’y renoncer car il ne voulait pas recevoir de décoration d’un président dont l’activité ne correspondait pas à ses principes moraux. « Le père Borys a renoncé à cette décoration il y a un an, maintenant il reçoit une double récompense, considère M. Marynovytch. – puisque cet Ordre n’est pas qu’une décoration présidentielle mais aussi une récompense à la patience et à la confiance en la Providence de Dieu ».</p>
<p>Le père Borys Gudziak a affirmé que par cette décoration était également honorée toute la communauté de l’université catholique d’Ukraine . « Je suis très reconnaissant d’avoir été décoré de l’Ordre National des Mérites, a dit le recteur, &#8211; Je l’ai reçu des mains du Président Viktor Iouchtchenko et cela a une grande importance pour moi ».</p>
<p>L’Ordre National des Mérites » est remis aux personnes pour leurs contributions particulièrement importantes en faveur de la société dans les domaines économique, scientifique, social et culturel mais aussi militaire, étatique et civil.</p>
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		<title>Lettre ouverte des présidents des universités ukrainiennes à Monsieur Jacques Chirac, Président de la République Française</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Feb 2005 12:17:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[La Révolution Orange]]></category>

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		<description><![CDATA[Lviv-Kiev, le 24 Novembre 2004
Monsieur le Président,
A l’heure où nous nous adressons à vous, nos étudiants et nos enseignants sont dans la rue, à Kyiv ainsi que dans la plupart ... <a class="read-more" href="http://ucu.edu.ua/fr/tak/282/" title="Lettre ouverte des présidents des universités ukrainiennes à Monsieur Jacques Chirac, Président de la République Française"></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Lviv-Kiev, le 24 Novembre 2004</strong><br />
Monsieur le Président,</p>
<p>A l’heure où nous nous adressons à vous, nos étudiants et nos enseignants sont dans la rue, à Kyiv ainsi que dans la plupart des grandes villes universitaires du pays.</p>
<p>Leur combat en faveur du président Victor Iouchtchenko est celui que nous menons depuis 13 ans en faveur de la liberté, de la vérité et des droits de l’homme. C’est pourquoi nous les soutenons ouvertement et très fermement. L’enjeu des événements actuels en Ukraine, c’est la volonté de la nation ukrainienne d’avoir un Etat digne et non corrompu, respectueux de la volonté populaire et des principes constitutifs de la démocratie.</p>
<p>L’Ukraine est une vieille nation slave et européenne qui dans sa diversité dispose d’un seul cœur et d’une seule tête. L’Ukraine n’est pas divisée de façon radicale, comme certains médias le croient, entre l’Est et l’Ouest, entre russophones et ukrainophones, entre l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique. S’il y a des différences, comme dans tous pays, entre les différentes régions d’Ukraine, celles-ci ne doivent pas être instrumentalisées à des fins politiques. Aujourd’hui en effet l’heure est bien plus grave. Le pays est divisé entre une minorité corrompue et une majorité tournée vers l’Etat de droit, combattant contre les falsifications électorales, et défendant le respect de l’intégrité territoriale.</p>
<p>Les exemples d’intimidation en Ukraine Occidentale, à Lviv ou à Ternopil, de la police ou de l’inspection fiscale ont été largement retransmis sur la 5e chaîne de télévision, la seule qui ne soit pas contrôlée par l’Etat ukrainien. Tandis qu’à Kharkiv et à Dnipropétrovsk, villes de l’Est, plus de 50 000 étudiants sont en permanence dans la rue. A Donetsk et à Luhansk, des prêtres orthodoxes se sont prononcés publiquement au nom de leurs millions de fidèles en faveur de Iouchtchenko, lui même un chrétien orthodoxe.</p>
<p>Vous n’êtes pas sans savoir que tous les sondages réalisés après le premier comme après le second tour ont donné gagnant avec une large avance le candidat de l’opposition, que plus de 11 000 cas de falsifications ont été dénombrés lors du second tour, et que selon le chef de la mission d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Kyiv, Bruce George, «le second tour du scrutin présidentiel le 21 novembre en Ukraine ne répond pas aux critères de l’OSCE, du Conseil de l’Europe ni à d’autres normes européennes pour une élection démocratique».</p>
<p>Aussi, Monsieur le Président, à la veille de la réunion de La Haye entre l’Union Européenne et la République de Russie, nous nous adressons très solennellement à vous dans l’espoir que le gouvernement français saura condamner vigoureusement les fraudes massives organisées en Ukraine et soutenir le président Iouchtchenko démocratiquement élu par le peuple ukrainien. Quand aux relations entre l’Union Européenne et la Russie, permettez-nous de suggérer que la démocratisation en cours en Ukraine aura des effets positifs sur tout l’espace post-soviétique.</p>
<p>Votre soutien est déterminant pour toute la nation ukrainienne dont vous savez la francophilie et la francophonie. De cela, nous saurons, lorsque le temps en sera venu, vous en être personnellement reconnaissants, et à travers vous à toute la nation française. Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de notre profonde estime.</p>
<p>Signature :</p>
<p><strong>Viatcheslav Briuhovetski, Président de l’Université Nationale ‘Académie Mohyla de Kyiv’</p>
<p>Père Borys Gudziak, Recteur de l’Université Catholique d’Ukraine, Lviv</p>
<p>Ivan Vakartchuk, Recteur de l’Université Nationale de Lviv Ivan Franko et Président du Conseil des Recteurs de la région de Lviv.</strong></p>
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		<title>La «révolution orange», et après?</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Feb 2005 12:17:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[La Révolution Orange]]></category>

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		<description><![CDATA[Sylvaine Pasquier. L&#8217;Express du 20/12/2004
A Lviv, le cardinal Lubomyr Husar,Chef de l&#8217;Eglise gréco-catholique d&#8217;Ukraine a le souci affirmé de l&#8217;unité nationale. A l&#8217;Université catholique d&#8217;Ukraine, l&#8217;Institut d&#8217;études oecuméniques, récemment fondé, ... <a class="read-more" href="http://ucu.edu.ua/fr/tak/281/" title="La «révolution orange», et après?"></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Sylvaine Pasquier. L&#8217;Express du 20/12/2004</strong><br />
A Lviv, le cardinal Lubomyr Husar,Chef de l&#8217;Eglise gréco-catholique d&#8217;Ukraine a le souci affirmé de l&#8217;unité nationale. A l&#8217;Université catholique d&#8217;Ukraine, l&#8217;Institut d&#8217;études oecuméniques, récemment fondé, se donne pour mission, au-delà de la théologie, d&#8217;œuvrer à un rapprochement concret des croyants, qu&#8217;ils appartiennent à l&#8217;orient ou à l&#8217;occident du pays&#8230;</p>
<p><em>A Lviv, entre édifices baroques ou Renaissance et façades Jugendstil, on respire un air de Bohême, parfois d&#8217;Italie, ou encore de Salzbourg. Chef de l&#8217;Eglise gréco-catholique d&#8217;Ukraine, dite «uniate» &#8211; interdite et persécutée aux temps soviétiques, alors que les orthodoxes pouvaient pratiquer leur culte &#8211; le cardinal Lubomyr Husar a le souci affirmé de l&#8217;unité nationale.</p>
<p>A ses yeux, la personne humaine faite à l&#8217;image de Dieu a des droits qui ne sauraient être bafoués. Il s&#8217;est élevé publiquement contre «l&#8217;injustice, l&#8217;abus de pouvoir et le mépris du peuple» observés durant le processus électoral &#8211; et condamnés par toutes les Eglises chrétiennes, sinon par l&#8217;orthodoxie sous la coupe du patriarcat moscovite. A l&#8217;Université catholique d&#8217;Ukraine, l&#8217;Institut d&#8217;études oecuméniques, récemment fondé, se donne pour mission, au-delà de la théologie, d&#8217;œuvrer à un rapprochement concret des croyants, qu&#8217;ils appartiennent à l&#8217;orient ou à l&#8217;occident du pays. «L&#8217;oecuménisme, observe son directeur, Antoine Arjakovsky, lui-même de confession orthodoxe, c&#8217;est aussi le vecteur de l&#8217;unité nationale.» </em></p>
<p>Si Viktor Youchenko reste le grand favori pour le troisième tour de la présidentielle, il lui faudra, au lendemain de la victoire, réconcilier le pays. Et instaurer, au plus vite, l&#8217;Etat de droit.</p>
<p>Oleh Skrypka ne peut pas faire deux pas sans être arrêté par des fans en mal d&#8217;autographes. Sourire ravageur, cheveux blonds striés de mèches brunes, ses moindres gestes dégagent un concentré d&#8217;énergie. Musicien et chanteur star du groupe VV &#8211; fondé avec deux copains en 1987 &#8211; Oleh est l&#8217;un des piliers du rock ukrainien, «ambassadeur» officieux du candidat Viktor Youchenko, chef de la coalition d&#8217;opposition Notre Ukraine. Né au Tadjikistan, il a passé son adolescence dans les glaces de Mourmansk, apprenant la langue de ses ancêtres lors des séjours auprès de ses grands-parents, dans un village de la région de Poltava, à l&#8217;est de Kiev. Il a vécu en France, joué sur plusieurs continents, mais, entre lui et l&#8217;Ukraine, il y a une histoire d&#8217;amour. Collé au torse, son tee-shirt imprimé hisse la couleur fétiche de la «révolution orange», celle de l&#8217;écharpe de Youchenko, des rubans qui constellent les parkas dans la foule de Kiev, du fichu noué sous le menton des babouchkas, celle des bonnets, des cravates, et parfois des chevelures, illuminées cet hiver de reflets fauves. Durant la campagne pour la présidentielle, VV s&#8217;est dépensé sans compter, à l&#8217;instar des meilleurs groupes de la scène ukrainienne. «Trente concerts en deux mois, s&#8217;enthousiasme Oleh, surtout dans le Donbass, ces régions de l&#8217;Est où l&#8217;opposition avait les pires difficultés à se faire entendre. Nous avons chanté en ukrainien, comme toujours, sans provoquer de réactions négatives. Sous mes yeux, j&#8217;ai vu l&#8217;émergence de la nation, j&#8217;ai vu les mentalités évoluer.» Il est prêt à repartir en tournée pour sceller la victoire.</p>
<p><strong>La stratégie des «technologues»</strong></p>
<p>Victime d&#8217;une tentative d&#8217;empoisonnement désormais établie, Viktor Youchenko est le grand favori des sondages. Mais, au-delà du «troisième tour», fixé au 26 décembre, il faudra démonter le système en place et venir à bout des préjugés et des peurs entretenus par la propagande du camp adverse. «Les gens de l&#8217;Est, lance Oleh, se figurent que, dans l&#8217;ouest du pays, les &#8220;nationalistes&#8221; tabassent quiconque parle russe!»</p>
<p>Lâché par «les trouillards et les traîtres» du pouvoir &#8211; à commencer par Leonid Koutchma, chef de l&#8217;Etat sortant &#8211; Viktor Yanoukovitch paie la note de la fraude et de l&#8217;ingérence éhontée du Kremlin en sa faveur. A Odessa, bastion russophone où il rameutait ses partisans, des centaines d&#8217;oranges disposées sur la place Centrale de façon à former le mot «nachisme» &#8211; assimilant Nacha Ukraina («Notre Ukraine») et «fascisme» &#8211; ont été symboliquement écrasées sous un rouleau compresseur. En attendant, pour s&#8217;éviter un limogeage, l&#8217;ex-candidat du régime s&#8217;est mis «en congé» de ses fonctions de Premier ministre. Plus question, désormais, d&#8217;imposer des «directives» aux médias, qui se sont largement rebiffés. Ni de puiser dans les deniers publics. A Donetsk, son fief régional, l&#8217;un des responsables de sa campagne réclame le soutien financier des hommes d&#8217;affaires et d&#8217;autres citoyens. D&#8217;origine russe et natif de cette ville minière, Pavel, la trentaine, vient d&#8217;arriver à Kiev. «J&#8217;ai voulu voir par moi-même. Là-bas, c&#8217;est sûr, 80% des gens soutiennent Yanoukovitch. C&#8217;est un criminel, mais c&#8217;est le nôtre.» Il scrute la cité de tentes plantées sur l&#8217;avenue Khreschatyk, où flottent les drapeaux de Pora («Il est temps»), le mouvement des jeunes à l&#8217;avant-garde de la contestation, les banderoles où l&#8217;on lit «Youchenko, président du peuple» et le nom de toutes les villes du pays, orientales et occidentales. Peu après l&#8217;annulation du deuxième tour par la Cour suprême à la suite de fraudes massives, plusieurs gouverneurs des périphéries industrielles russophones ont brandi des menaces de sécession. L&#8217;un des plus virulents, à la tête de la ville de Karkhiv, vient de démissionner. «Ce n&#8217;était qu&#8217;un chantage des structures de pouvoir auquel la population n&#8217;a pas adhéré, souligne le philosophe Myroslav Popovytch, et pas plus nos oligarques.» Ces derniers n&#8217;ont eu de cesse depuis l&#8217;indépendance de protéger leur pré carré ukrainien contre l&#8217;incursion de concurrents plus puissants qu&#8217;eux. A telle enseigne que Donetsk, le bastion russophone de Yanoukovitch, reste la région la moins accueillante pour les capitaux russes. Un référendum sur l&#8217;autonomie devait y être organisé le 9 janvier 2005. Il est désormais annulé. «Il n&#8217;y aurait pas eu la moitié des gens pour voter oui, avance Pavel. Autant faciliter les choses au Kremlin, qui n&#8217;attend qu&#8217;un prétexte pour avaler le pays.»</p>
<p><strong>Une politique de russification</strong></p>
<p>Au début de l&#8217;été dernier, le Centre d&#8217;études économiques et politiques Razumkov s&#8217;est enquis auprès de plusieurs centaines de citoyens de savoir s&#8217;ils étaient favorables ou non à l&#8217;indépendance de leur région par rapport à l&#8217;Ukraine. «La plupart d&#8217;entre eux, et de loin, se sont prononcés contre, précise le sociologue Mykhailo Mischenko. A Donetsk, le «oui» ne dépassait pas les 5%. Quant aux revendications d&#8217;autonomie, agitées au début des années 1990, on n&#8217;en parlait plus depuis dix ans. En mal de recettes pour doper les scores de Yanoukovitch, «les technologues politiques» à son service ont poussé à la confrontation entre les régions, poursuit-il, afin de ruiner le relatif soutien que Youchenko s&#8217;était acquis dans l&#8217;Est lorsqu&#8217;il était Premier ministre. On a raconté qu&#8217;il avait l&#8217;intention d&#8217;enfouir des déchets radioactifs dans le Donbass, ce qui est techniquement impossible, qu&#8217;il était hostile aux russophones&#8230;» Soulignons au passage que l&#8217;intéressé, né à quelques dizaines de kilomètres de la frontière russe, est non seulement un authentique bilingue, mais aussi un croyant de confession orthodoxe, resté fidèle à l&#8217;Eglise sous l&#8217;autorité du patriarcat de Moscou&#8230;</p>
<p>En 2003, l&#8217;Institut de sociologie de Kiev cherchait à savoir si l&#8217;Ukraine était une patrie pour ses habitants. 76% ont répondu par l&#8217;affirmative. Quelque 16% ne se sont pas prononcés. A peine plus de 6% se sont retranchés dans le non. Voilà qui a le mérite d&#8217;être clair. Qu&#8217;il y ait des différences héritées de l&#8217;histoire entre les territoires situés de part et d&#8217;autre du Dniepr, personne ne le nie. «L&#8217;Ouest a été longtemps sous la tutelle des Habsbourg, qui autorisaient le développement de la culture nationale, constate Mischenko. Sans doute n&#8217;était-ce pas idéal, mais, dans les autres régions, incorporées à l&#8217;empire des tsars, une loi interdisait d&#8217;éditer et d&#8217;enseigner en ukrainien.» Au xxe siècle, annexée en deux temps par l&#8217;URSS, l&#8217;Ukraine a certes eu le droit d&#8217;utiliser sa langue, mais, dans la pratique, Moscou poursuivait sa politique de russification. «Chaque fois que l&#8217;on construisait une usine, de préférence à l&#8217;est, on faisait venir des Russes.» Ainsi se sont façonnées des mentalités qui n&#8217;évoluent pas au même rythme. «A la différence de la tradition russe, poursuit Mischenko, dans la conscience ukrainienne, l&#8217;Etat est au service du citoyen, et non l&#8217;inverse. Aux yeux de beaucoup, le pouvoir actuel n&#8217;est qu&#8217;une survivance de l&#8217;époque soviétique, pas l&#8217;Etat auquel ils aspirent.»</p>
<p><strong>Pour instaurer la démocratie, le président disposera tout au plus d&#8217;un an</strong></p>
<p><em>A Lviv, entre édifices baroques ou Renaissance et façades Jugendstil, on respire un air de Bohême, parfois d&#8217;Italie, ou encore de Salzbourg. Chef de l&#8217;Eglise gréco-catholique d&#8217;Ukraine, dite «uniate» &#8211; interdite et persécutée aux temps soviétiques, alors que les orthodoxes pouvaient pratiquer leur culte &#8211; le cardinal Lubomyr Husar a le souci affirmé de l&#8217;unité nationale. A ses yeux, la personne humaine faite à l&#8217;image de Dieu a des droits qui ne sauraient être bafoués. Il s&#8217;est élevé publiquement contre «l&#8217;injustice, l&#8217;abus de pouvoir et le mépris du peuple» observés durant le processus électoral &#8211; et condamnés par toutes les Eglises chrétiennes, sinon par l&#8217;orthodoxie sous la coupe du patriarcat moscovite. A l&#8217;Université catholique d&#8217;Ukraine, l&#8217;Institut d&#8217;études oecuméniques, récemment fondé, se donne pour mission, au-delà de la théologie, d&#8217;œuvrer à un rapprochement concret des croyants, qu&#8217;ils appartiennent à l&#8217;orient ou à l&#8217;occident du pays. «L&#8217;oecuménisme, observe son directeur, Antoine Arjakovsky, lui-même de confession orthodoxe, c&#8217;est aussi le vecteur de l&#8217;unité nationale.»</em></p>
<p>Tandis que des partisans de Youchenko grimpent, à Kiev, dans un convoi de bus pour aller porter un message de paix aux villes de l&#8217;Est et du Sud, Yanoukovitch tonne, affirmant que 35 000 volontaires de Sébastopol sont prêts à marcher sur la capitale pour prévenir un «coup d&#8217;Etat» de l&#8217;opposition au lendemain du scrutin. Il part perdant et il le sait. Mais, déjà, il se positionne pour les législatives de 2006 &#8211; «que la Russie ne renoncera pas à vouloir contrôler, assure Vadim Karassev, directeur de l&#8217;Institut de stratégies globales. Pour réinvestir l&#8217;Ukraine, elle changera sans doute de tactique, créant des relais d&#8217;influence dans la société. Mais je n&#8217;exclus pas qu&#8217;elle attise des foyers séparatistes non déclarés, en Crimée, par exemple. S&#8217;il veut contrer ces manœuvres, Viktor Youchenko devra rassembler une vaste coalition».</p>
<p>Le temps est compté. Pour obtenir des amendements à la loi électorale limitant les risques de fraude, le héros de la «révolution orange» a dû consentir à une réforme constitutionnelle, réclamée par le pouvoir, qui réduit notablement les pouvoirs présidentiels. Sa principale alliée, Yulia Tymochenko, s&#8217;est opposée à ce compromis. «En cas d&#8217;échec, observe le philosophe Myroslav Popovitch, l&#8217;opposition n&#8217;avait d&#8217;autre recours que l&#8217;émeute populaire pour s&#8217;emparer du pouvoir. Youchenko ne l&#8217;a pas voulue, car cela signifiait une effusion de sang.» Au moins son camp a-t-il obtenu que ladite réforme ne prenne effet qu&#8217;en septembre 2005, voire en janvier 2006. Pour instaurer l&#8217;Etat de droit et la démocratie en lieu et place d&#8217;un système opaque et corrompu, qui n&#8217;hésite pas à recourir à des méthodes criminelles, le futur président disposera de neuf mois, ou tout au plus d&#8217;une année. C&#8217;est court. «C&#8217;est assez, rétorque sèchement le socialiste Olexandr Moroz, qui n&#8217;a cessé tout au long de la crise de négocier son soutien à Youchenko au mieux de ses propres intérêts &#8211; sans l&#8217;avouer, il convoite le poste de Premier ministre&#8230;</p>
<p>Cette fois, l&#8217;opposition sera correctement représentée au sein de la commission électorale centrale. Par ailleurs, les citoyens en déplacement auront toujours la possibilité de voter en dehors de leur lieu de résidence, mais de façon réduite et contrôlée. Malgré tout, le scrutin n&#8217;est pas tout à fait à l&#8217;abri de tentatives de sabotage. A Kiev, Natalya s&#8217;inquiète: le 26 décembre, les observateurs occidentaux seront-ils bien au rendez-vous?</p>
<p>L&#8217;Ukraine de Youchenko mise désormais sur Bruxelles. «Si la démocratie gagne, et elle va gagner, lance Borys Tarasyuk, ancien ministre des Affaires étrangères, à la tête du Comité pour l&#8217;intégration européenne au Parlement, on attend que l&#8217;Union envoie un signe fort à l&#8217;Ukraine, et qu&#8217;elle soit capable d&#8217;adopter envers nous une stratégie claire, concrète, assortie d&#8217;un programme de travail. Et ne vous réfugiez pas derrière votre politique de voisinage ou des offres de membre associé.» Fervent partisan d&#8217;une intégration à l&#8217;Otan, le diplomate estime que Kiev, «d&#8217;un point de vue militaire, serait à même de rejoindre l&#8217;Alliance atlantique beaucoup plus tôt que les 25».</p>
<p>On imagine les convulsions du Kremlin&#8230; D&#8217;autant qu&#8217;il y aurait, auparavant, «quelques problèmes» à régler, observe Vadim Karassev, «notamment, la présence de la flotte russe, basée à Sébastopol [jusqu'en 2017, selon un accord conclu entre Poutine et Koutchma]&#8230; Dans un premier temps, il serait plus sage que le pays adopte un statut de neutralité». On ne change pas la géographie. Youchenko en est conscient. Chef du gouvernement, il a démontré plus d&#8217;une fois qu&#8217;il cherchait des relations de partenariat équilibré avec Moscou, à condition que la souveraineté de l&#8217;Ukraine soit respectée. Quant aux Européens, il est temps désormais pour eux d&#8217;adopter une politique cohérente &#8211; et ferme &#8211; à l&#8217;égard de la Russie. S&#8217;ils y parviennent, ils le devront largement à l&#8217;Ukraine.</p>
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		<title>Kiev-Moscou : la fin d&#8217;un monopole religieux</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Feb 2005 12:15:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[La Révolution Orange]]></category>

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LA NOUVELLE donne politique en Ukraine ne sera pas sans conséquence sur la géographie religieuse de l&#8217;est de l&#8217;Europe. L&#8217;échec de Viktor Ianoukovitch, le ... <a class="read-more" href="http://ucu.edu.ua/fr/tak/280/" title="Kiev-Moscou : la fin d&#8217;un monopole religieux"></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>ARTICLE PARU DANS LE MONDE DU 05.01.05</p>
<p>LA NOUVELLE donne politique en Ukraine ne sera pas sans conséquence sur la géographie religieuse de l&#8217;est de l&#8217;Europe. L&#8217;échec de Viktor Ianoukovitch, le 26 décembre 2004, annonciateur d&#8217;un réaménagement des relations entre l&#8217;Ukraine et la Russie de Vladimir Poutine, est aussi un échec pour « le patriarche de Moscou et de toutes les Russies » qui gouverne l&#8217;orthodoxie ukrainienne et dispute la primauté de l&#8217;orthodoxie mondiale а sa capitale historique, Constantinople.</p>
<p>Le soutien du patriarche Alexis II de Moscou au candidat prorusse, Viktor Ianoukovitch, se retourne aujourd&#8217;hui contre lui. Chef spirituel de 12 millions de fidèles orthodoxes en Ukraine (sur 42 millions d&#8217;habitants), Alexis II a une fois de plus aligné sa position sur celle de Vladimir Poutine, au nom de cette alliance du trфne et de l&#8217;autel redevenue l&#8217;un des traits majeurs de la Russie post-soviétique.</p>
<p>Vladimir Poutine a besoin du soutien de la populaire Eglise de Russie (80 millions de fidèles), autant que l&#8217;Eglise a besoin du pouvoir politique pour reconstruire ses forces après la terrible persécution de l&#8217;époque soviétique.</p>
<p>Chaque orthodoxe dans le monde sait que le « baptкme » de la Russie a eu lieu а Kiev, en 988, а l&#8217;initiative du prince Vladimir, converti а la foi chrétienne par des évangélisateurs, Cyrille (qui a donné son nom а l&#8217;alphabet slave) et Méthode, venus de Constantinople. Le coeur historique de l&#8217;orthodoxie slave est donc bien la « Rus de Kiev » comme on disait а l&#8217;époque où la Russie n&#8217;existait pas encore. C&#8217;est bien plus tard qu&#8217;il se déplacera, avec les populations acquises а la nouvelle foi, vers le nord, et que sera fondée Moscou. Mikhaпl Gorbatchev avait fait, en 1988, du millénaire de la christianisation de son pays un acte majeur de la perestroпka.</p>
<p>La « révolution orange » secoue toute l&#8217;orthodoxie slave, immuablement liée а sa terre, fermée а toute influence extérieure, jalouse de son « territoire canonique » (tout Russe est orthodoxe, puisqu&#8217;il vit en territoire orthodoxe), au point de faire la chasse а tous les groupes baptistes ou catholiques qui se sont implantés après la chute de l&#8217;URSS et d&#8217;interdire au pape toute visite dans cette grande nation chrétienne.</p>
<p>Toute la hiérarchie orthodoxe en Ukraine, dirigée а Kiev par le métropolite Vladimir et placée sous la juridiction du patriarche de Moscou, s&#8217;est prononcée pour Viktor Ianoukovitch. Le candidat prorusse en a appelé, dans sa campagne, а la défense des valeurs spirituelles de l&#8217;orthodoxie contre un Occident amoral incarné, selon lui, par son rival Viktor Iouchtchenko. Mais nombre de prкtres et de fidèles ont réagi а l&#8217;unisson du pays, se sont mкlés aux manifestations contre les fraudes de la place de l&#8217;Indépendance а Kiev, ont contribué а la victoire du candidat de l&#8217;opposition et s&#8217;interrogent aujourd&#8217;hui, entre autres, sur le destin de leur Eglise.</p>
<p>Si, le 26 décembre, leur pays si souvent ballotté par l&#8217;histoire &#8211; dévoré а l&#8217;Ouest par les Autrichiens, les Polonais et les Allemands, а l&#8217;Est par l&#8217;Union soviétique &#8211; a enfin acquis le droit а son indépendance en militant dans les rues et en votant pour la démocratie et la liberté, n&#8217;est-il pas temps de couper le cordon ombilical qui demeure avec la Russie а travers le patriarcat de Moscou ?<br />
Dans le paysage religieux de l&#8217;Ukraine, le vainqueur du scrutin est l&#8217;Eglise « nationale ukrainienne », qui avait, dès 1992, largué les amarres avec Moscou et s&#8217;était déclarée « autocéphale » (indépendante). Elle a eu la sagesse de signer des déclarations avec les autres Eglises du pays (gréco-catholique, catholique romaine, protestantes) en faveur d&#8217;élections justes, sans se prononcer explicitement pour Viktor Iouchtchenko.</p>
<p>Comptant déjа 6 millions de fidèles, ayant repris beaucoup d&#8217;églises au patriarcat de Moscou, elle entend profiter de la vague indépendantiste qui emporte l&#8217;Ukraine. Mais son grand malheur est d&#8217;кtre dirigée par un personnage controversé, Philarète Denissenko, autoproclamé « patriarche de Kiev » en 1992, excommunié par ses pairs, évкque au lourd passé de compromissions avec le KGB, menant un train de vie (marié, père de famille) qui n&#8217;a rien а voir avec l&#8217;ascèse orthodoxe classique.</p>
<p>Dans des pays où l&#8217;Eglise fait traditionnellement allégeance au pouvoir politique, le patriarcat de Moscou devra donc se soumettre au nouveau président ukrainien &#8211; qu&#8217;elle a combattu &#8211; ou se démettre au profit d&#8217;une Eglise nationale devenue plus que jamais sa rivale.</p>
<p>La pression du peuple l&#8217;emportera sur le poids des hiérarques, disent les observateurs. Mais ceux-ci n&#8217;ignorent pas que, pour des raisons historiques, symboliques, démographiques et financières, le patriarcat de Moscou ne renoncera jamais а ses prérogatives en Ukraine, а ses milliers de communautés concentrées а Kiev et dans la partie orientale du pays.</p>
<p><strong>UN GESTE DE CONSTANTINOPLE</strong></p>
<p>Autant dire que l&#8217;Ukraine n&#8217;a pas fini de justifier sa réputation de poudrière confessionnelle. Car, dans ce pays, perdure une autre anomalie historique, qui embarrasse l&#8217;orthodoxie depuis le XVIe siècle : la présence de près de 6 millions de catholiques de rite byzantin (appelés encore « gréco-catholiques »), qui se considèrent а la fois comme orthodoxes et catholiques unis au pape (d&#8217;où le nom péjoratif d&#8217;« uniates » employé par les orthodoxes).</p>
<p>Hier symbole de la lutte du peuple ukrainien contre la polonisation et la latinisation de l&#8217;ouest du pays (Galicie), cette Eglise a payé le prix du martyre sous Staline. Elle a été rayée d&#8217;un trait de plume lors du « concile de Lvov », arrangé par le régime soviétique en 1946. La déportation de centaines d&#8217;évкques et prкtres, de milliers de laпcs, l&#8217;incorporation des églises et de tous ses biens dans la seule Eglise tolérée, celle de Moscou, reste l&#8217;une des pages les plus tragiques de l&#8217;histoire moderne de l&#8217;Ukraine.</p>
<p>L&#8217;Eglise gréco-catholique, accusée d&#8217;alimenter le mouvement nationaliste ukrainien, d&#8217;avoir collaboré avec l&#8217;occupant nazi, renaоt de ses cendres depuis dix ans. Elle a récupéré ses églises (parfois par la force). Elle ouvre des collèges et des séminaires, compte а Lvov la seule université catholique d&#8217;Europe orientale, bénéficie du soutien exclusif du pape, hier si obstiné а défendre aussi les droits religieux de sa Pologne natale. Elle attend toujours le pardon de l&#8217;Eglise orthodoxe pour les persécutions d&#8217;hier.</p>
<p>Mais l&#8217;Eglise « uniate » est devenue le sujet de discorde numéro un entre Rome (le pape) et Moscou (le patriarche), qui supporte mal que, sur son propre territoire, une Eglise liée а l&#8217;Occident pratique sa liturgie et son rite ancestral (byzantin). Cette Eglise gréco-catholique pousse l&#8217;arrogance jusqu&#8217;а vouloir créer un « patriarcat catholique de Kiev », ce qui est déjа considéré, dans toute l&#8217;orthodoxie, comme une provocation.</p>
<p>La division religieuse de l&#8217;Ukraine n&#8217;est pas le moindre des cadeaux empoisonnés dont hérite Viktor Iouchtchenko, lui-mкme orthodoxe (dépendant de Moscou), mais soucieux &#8211; il l&#8217;a montré dans la campagne &#8211; de pluralisme confessionnel. La reconnaissance du pluralisme des courants religieux sur un mкme territoire est la voie de salut pour une orthodoxie trop monopolistique et monolithique.<br />
Pour sortir de cette crise ukrainienne, nombre d&#8217;observateurs souhaitent une intervention du patriarche de Constantinople, dit « oecuménique », primat d&#8217;honneur de toute l&#8217;orthodoxie. Mais Bartholomée Ier, intervenant dans des conflits identiques aux pays baltes &#8211; notamment en Estonie &#8211; avait ouvert la voie а un affrontement qui perdure avec Alexis II. Le retour а l&#8217;unité chrétienne en Ukraine ne passe pourtant que par un dialogue entre Moscou, Constantinople et&#8230; Rome.</p>
<p><strong>Henri Tincq </strong></p>
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		<title>Le soleil de la liberté</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Feb 2005 12:14:43 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[La Révolution Orange]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright size-full wp-image-279" title="Le soleil de la liberté" src="http://ucu.edu.ua/fr/files/2010/05/download-61.jpg" alt="Le soleil de la liberté" width="250" height="275" />Le 23 janvier, une trentaine d’étudiants et cadres de l’université ont assisté à la cérémonie officielle d’inauguration de la présidence de l’Ukraine par le héros de la révolution orange Victor Iouchtchenko. Marie-Aude Tardivo, chargée de mission à l’Institut d’Etudes Oecuméniques, était sur Maïdan, voici son récit&#8230;</p>
<p>Kiev était magnifique. Notre groupe d’une petite trentaine est parti en bus dans la nuit blanche, voir le soleil de la liberté se lever sur Maïdan.</p>
<p>Le long du voyage, tout était blanc, on voyait juste les troncs d&#8217;arbre monter vers le ciel. Au petit matin nous sommes arrivés. A 6h30 exactement. Nous sommes sortis du bus pour revêtir les foulards et écharpes de l&#8217;UCU, les rubans oranges, déployer les bannières de l’université &#8230; Enfin parés nous nous sommes dirigés à pied vers l&#8217;église St Nicolas pour célébrer la divine liturgie. Ineffable, tant l’émotion emplissait la petite chapelle. L’encens se mêlait à nos prières, pour s’élever vers un ciel déjà bleu.</p>
<p>Vers 10h30 nous sommes partis comme des petits fantassins partent à la victoire, marchant vers Maïdan, chantant, riant, fous d’allégresse. Sur le chemin un disque jouait Joe Dassin &#8216;je l&#8217;ai attendue, zaï zaï zaï&#8217;, et mes amis ont dit &#8216;c&#8217;est pour Marie-Aude!&#8217;alors j&#8217;ai un peu dansé dans la rue, emmitouflée de mes 15 épaisseurs; c&#8217;était fort!</p>
<p>Nous marchions à vive allure, mais heureusement j&#8217;ai des super bottes –ukrainiennes … ! autant dire presque de 7 lieues!</p>
<p>Nous avons longé le Dniepr et ayant dépassé le funiculaire nous avons monté la longue route qui conduit à Sainte Sophie. On voyait les bulbes dorés de Sainte Sophie la verte et Saint Michael la bleue azur. Et ça chantait, et ça chantait. Et derrière nous, la foule émergait des rues pour se réunir comme autant de rivières vers l&#8217;océan de Maïdan. Ce seul nom nous fait vibrer jusqu&#8217;au fond du coeur.</p>
<p>En marchant je me disais : « mais je rêve, je rêve ! C&#8217;est leur victoire ! » C&#8217;est aussi notre victoire. C&#8217;est pour ça qu&#8217;on a travaillé jour et nuit. C&#8217;est le mur qui tombe une seconde fois. C&#8217;est<br />
le miracle de l&#8217;impossible. Et tous ceux qui nous ont aidé et soutenu étaient là, avec nous.</p>
<p>Plus nous nous approchions plus on entendait les chants, les flûtes, les rires. Arrivés sur le Kreychatik, quelle émotion de voir les bouquets de drapeaux ukrainiens flotter au vent et tous les bâtiments revêtus d&#8217;orange. Un petit groupe des Carpathes est arrivé, jouant de la flûte, du tambour, de ces instruments que l&#8217;on ne trouve que là-bas. Tous habillés en costume traditionnel, tellement fiers! Tellement heureux.</p>
<p>Trois hommes habillés en roi mage portaient l&#8217;étoile. C&#8217;était incroyable!</p>
<p>Et puis nous sommes arrivés aux barrières que les soldats ont ouvertes ; alors nous sommes entrés sur la place de l&#8217;indépendance, sur Maïdan, lieu, depuis 1991, de toutes les victoires. Et là j&#8217;ai crû m’évanouir de joie.</p>
<p>Nous avons attendu dans le froid pendant plusieurs heures. Mais nous étions tellement serrés que l&#8217;on ne sentait pas le froid (et pour une méditerranéenne, ça en dit long croyez-moi !). Tout le monde était si calme. Si silencieux. On attendait sagement. Un demi-million de personnes qui attend sagement, ça ne s&#8217;oublie pas.</p>
<p>Puis l&#8217;inauguration a commencé. Nous avons assisté à la cérémonie via écrans géants, chanté 15 fois l&#8217;hymne national. Mes amis étaient fiers que je le chante avec eux, et vice-versa ! A la fin de la cérémonie, Iouchtchenko est sorti passer la garde en revue. C&#8217;était le plus beau pour moi. Dans un silence plus éloquent qu’aucun discours, comme il passait devant ces hommes dont certains ont peut-être risqué pour lui leur vie, on entendait une seule chose hormis la complainte du vent: les talons du soldat qui marchait à sa droite. C&#8217;était extraordinaire. Indicible. Mémorable. On sentait dans ce silence que non seulement le peuple mais l&#8217;armée était avec lui, derrière lui. Que nous ne faisions qu&#8217;un.</p>
<p>Puis nous avons à nouveau chanté l&#8217;hymne national en attendant que Iouchtchenko – désormais chef de l’état devant la loi morale et la loi écrite &#8211; vienne nous voir sur Maïdan. Pendant son discours tout le monde écoutait, recueilli, concentré.</p>
<p>A la fin de son discours il nous a remercié. Des ballons oranges ont jailli dans le ciel. Certains faisaient sauter le champagne d&#8217;Odessa! d&#8217;autres dansaient. Il y a eu des concerts. On chantait, on dansait ensemble. On exultait de joie ensemble dans les vagues de cette foule en mouvement. Le thermomètre de la place Maïdan affichait en caractères rouges, presque fièrement : -5 C. Tak Iouchtchenko!</p>
<p>Les écrans géants rendaient notre émotion, des lances de lumières et plusieurs scènes étaient éclairées, presque en feu. La place était orange,<br />
jaune et bleue. Un jeune ukrainien russophone m&#8217;a demandée de signer son foulard en français. Un autre ukrainien russophone de Kharkiv m&#8217;a demandé ce que je faisais là. J&#8217;ai baragouiné en russe que j&#8217;étais française et que j&#8217;aimais l&#8217;Ukraine, que c&#8217;était un honneur pour moi d&#8217;être là.<br />
Il s’appelait Eugène et a voulu que je signe aussi en français son foulard. Quand je lui ai demandé ce qu&#8217;il faisait comme étude il m&#8217;a dit: &#8216;j&#8217;étudie pour devenir pilote d’avion&#8217;; j&#8217;ai répondu : &#8216;ce soir c&#8217;est un grand vol&#8217; ce à quoi il a répondu : &#8216;toute ma vie est un vol&#8217;&#8230;</p>
<p>Quelle ambiance&#8230; Quelle communion des cœurs et des esprits. Sans parler parfois la même langue nous partagions la langue internationale la plus belle qui soit : celle de la liberté. Puis à 11h les lumières du feu d&#8217;artifice ont éclairé le ciel comme pour montrer que la nuit n&#8217;est jamais tout à fait noire. C&#8217;était splendide.</p>
<p>Enfin nous avons marché pour rejoindre le métro. Une bonne heure de changements dans un métro plus que bondé. Mais c&#8217;était sympa. Serrés comme des sardines, mais tout le monde était de bonne humeur et ainsi on pouvait entendre &#8216;Iouchtchenko! Iouchtchenko! on a chaud! mais on a Iouchtchenko!&#8217; Serrée, coincée entre amis et inconnus, la bannière de l’UCU devant moi droite comme une flèche j’entends dans un râle : « c’est aussi bondé à Paris ? » …</p>
<p>Puis le retour en bus. La nuit blanche et les arbres qui montent vers le ciel. Le froid et la neige qui sifflent dans le vent. Et dans le coeur, tant de lumière, tant de joie. Dans nos yeux qui se ferment sur cette journée historique, l&#8217;éclat de la liberté. A jamais.</p>
<p>Tak Iouchtchenko !</p>
<p>Tak Svobody !</p>
<p>Slava Ukraïni !</p>
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		<title>La France va-t-elle enfin reconnaître l’identité ukrainienne ?</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Feb 2005 12:18:15 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Article publié dans France-Catholique
Ainsi l’Ukraine, d’après Alexandre Adler, ‘n’existe pas vraiment’ &#8230; (Le Figaro du 24 novembre).
Ainsi l’Ukraine, d’après Alexandre Adler, « n’existe pas vraiment »,  la langue ukrainienne ne serait parlée que ... <a class="read-more" href="http://ucu.edu.ua/fr/tak/283/" title="La France va-t-elle enfin reconnaître l’identité ukrainienne ?"></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Article publié dans France-Catholique</em><br />
Ainsi l’Ukraine, d’après Alexandre Adler, ‘n’existe pas vraiment’ &#8230; (<em>Le Figaro</em> du 24 novembre).</p>
<p>Ainsi l’Ukraine, d’après Alexandre Adler, « n’existe pas vraiment »,  la langue ukrainienne ne serait parlée que dans « les campagnes du centre », tandis que « les uniates » pro Iouchtchenko – c’est à dire les 6 millions de fidèles de l’Eglise gréco-catholique &#8211; ne sont que des nationalistes nostalgiques des Habsbourg ne rêvant que d’une « Grande Ukraine ». (<em>Le Figaro</em> du 24 novembre).</p>
<p>Ce genre de clichés n’attireraient que des sourires condescendants aux ukrainiens s’ils n’étaient pas prononcés par un éminent expert des relations internationales et s’ils n’étaient pas publiés dans un grand journal français à un moment aussi important pour eux. Car le peuple de Tarass Chevtchenko et de Lessia Oukrainka a avalé suffisamment de couleuvres au cours de sa longue histoire pour qu’aujourd’hui ce genre de discours ne déclenche une profonde amertume à l’égard de la France.</p>
<p>On se souvient du président du Conseil Edouard Herriot qui, après avoir traversé l’Ukraine, ravagée en 1933 par une famine qui causa plus de 6 millions de morts, déclara à son retour « Il n’y a pas de famine en Ukraine ». L’existence même du drame et de ce chiffre terrible ne sera reconnue qu’en 1985 par l’URSS de Gorbatchev. En France, mis à part Alain Besançon qui n’hésite pas à parler de « génocide soviétique contre le peuple ukrainien », on continue à le diluer dans les purges taliniennes.</p>
<h2>La réalité de l’identité ukrainienne</h2>
<p>C’est l’indépendance ukrainienne de 1991 qui a précipité la fin de l’URSS comme l’a montré Anne de Tinguy. Surprise par la détermination d’une nation qui n’était dans les manuels qu’un grenier à blé, l’opinion publique française tendit son micro aux historiens ukrainiens (Ihor Sevcenko, Arkady Joukovsky,..). Mais seuls quelques rares intellectuels français tels Georges Nivat écoutèrent vraiment. En 1998 dans ses <em>Considérations sur la difficulté de se libérer du despotisme </em>(Paris, Editions de Fallois, L’Age d’Homme), le professeur de Genève alerta la communauté des ‘ex-soviétologues’ en citant un historien russe Georges Fedotov, émigré à Paris dans les années 1920 : ‘Notre intelligentsia n’a pas vu naître ce mouvement national, elle s’est moquée de la langue ukrainienne, elle n’a pas compris la catastrophe nationale [pour la Russie] que représentait la formation d’un pôle ukrainien hors de l’Empire russe, à savoir à Lviv et dans la Galicie autrichienne…’.</p>
<p>Mais l’historiographie russo-soviétique a la dent dure. Et aujourd’hui le mythe de « la guerre des deux Ukraine », sur lequel souffle le grand frère depuis des siècles, ne demande qu’à s’embraser et à se propager à nouveau vers les milieux intellectuels occidentaux. Sans aucune distance, on répète cette vaste plaisanterie selon laquelle la Crimée, aurait été « un cadeau » de Khrouchtchev à l’Ukraine. Il ne faut pourtant pas être grand historien pour savoir que cette colonie grecque fut le berceau de la <em>Rus’</em>, que c’est à Chersonnèse près de Sébastopol que le grand prince Volodymyr s’est fait baptiser en 988, que la presqu’île a<br />
été occupée par les Tatars du XIIIe au XIXe siècle, et que ces derniers votent en masse pour le parti de Iouchtchenko Notre Ukraine ! Or ce mythe du « cadeau de César » est l’argument de base du maire de Moscou Iouri Loujkov qui n’hésite pas depuis plusieurs années à menacer l’Ukraine de « reprendre son bien ».</p>
<p>Au sujet de la « nostalgie des uniates », pour qui a lu un tant soit peu les œuvres de ces grandes figures œcuméniques que furent le métropolite Szeptitzki ou le cardinal Slypyj, il apparaît que ce n’est pas tant le souvenir séparatiste du temps des Habsbourg qui l’anime, que la mémoire vivante de l’unité chrétienne. L’Eglise gréco-catholique est en effet l’héritière de l’Eglise de Kyiv, la seule Eglise orthodoxe a être restée en communion avec l’Eglise de Rome malgré le schisme de 1054. Jusqu’au XVe siècle elle pratiquait la double communion avec Rome et Constantinople. Les évêques de la <em>Rus’</em>(distincte de la Moscovie) ont accueilli triomphalement à Kyiv en 1439 leur métropolite Isidore à son retour du concile de Florence où fut proclamé l’union entre tous les chrétiens. A Moscou en revanche le tsar Basile II jeta Isidore en prison. L’Union de cette Eglise à Rome en 1589, dont les meilleurs historiens s’accordent pour admettre qu’elle fut initiée par l’Eglise de Kyiv, ne fut rien d’autre que l’actualisation de cette mémoire. A l’Eglise-mère de Constantinople, les évêques de Kyiv rappelaient aussi que dans l’ecclésiologie orthodoxe la source du droit canon est l’Esprit et non<br />
« le territoire canonique ». Le prix de cette liberté fut lourd. Mais l’intuition du concile de Florence, à savoir que le don de<br />
l’unité est au dessus des divergences intellectuelles, ne fut pas entamée. Les vagues de latinisation ou de russification à<br />
l’époque moderne, puis les grandes persécutions staliniennes, n’ont pas éteint la nostalgie évangélique de cette Eglise,<br />
réduite en Ukraine au XXe siècle à trois petites éparchies à l’ombre des Carpates. C’est en ce sens que doit<br />
être interprété le retour du siège de cette Eglise à Kyiv effectué au printemps dernier par son patriarche, le<br />
cardinal Lubomyr (Husar). Le patriarche Alexis II de Moscou, et avec lui un grand nombre d’orthodoxes en France, n’y ont vu quant à eux qu’une<br />
nouvelle preuve du « prosélytisme catholique »&#8230;</p>
<p>Quant à la langue ukrainienne, « langue des campagnes », il est tout simplement regrettable que M. Adler ne puisse lire en version originale la revue éditée à Kyiv par Konstantin Sigov et Léonide Finberg, <em>Duh i Litera</em>, (L’Esprit et la Lettre). Parmi les livres publiés par la maison d’édition du même nom, outre les grands intellectuels ukrainiens contemporains (Myroslav Marynovytch, Natalia Iakovenko, Vadim Skouratovsky, …), on trouve les traductions en ukrainien des grands textes de Paul Ricoeur, Hannah Arendt, harles Taylor, ou Simone Weil. On souhaite aux campagnes de France la même ébullition culturelle !</p>
<h2>La reconnaissance de l’identité ukrainienne</h2>
<p>Le problème de l’Ukraine n’est donc pas en profondeur un problème d’identité mais plutôt celui de la reconnaissance de son identité. Les raisons sont trop nombreuses pour être discutées ici : le désir effréné des historiens russes depuis Karamzin de s’inventer une généalogie plus ancienne que la Moscovie du XVIe siècle, la fascination des intellectuels français pour les Soirées de Saint-Pétersbourg et la grande lueur à l’Est, la difficulté des hommes politiques français depuis François Ier à penser l’Etat-nation de façon plurielle, etc…</p>
<p>Le résultat est que, avant que la révolution orange ne détourne les caméras européennes de la Turquie, les seules informations sur l’Ukraine qui filtraient en Europe occidentale ne concernaient que le drame de Tchernobyl, les exploits sportifs de footballers expatriés, et la victoire à l’Eurovision de la chanteuse Rouslana dont les ‘danses sauvages’ n’ont pu s’imposer qu’en langue anglaise…</p>
<p>Or la question se pose brutalement aujourd’hui. La France va t-elle reconnaître le pouvoir du président Victor Iouchtchenko ?</p>
<p>Rappelons brièvement la situation actuelle, telle qu’elle se présente dans les médias ukrainiens libérés de toute censure, afin de comprendre pourquoi la question se pose aujourd’hui en des termes aussi pressants à la nation française.</p>
<p>Après la victoire du candidat démocrate Victor Iouchtchenko au premier tour des élections, malgré la double visite du président Poutine en Ukraine et le blocage de 6 chaînes de télévisions, le candidat socialiste Moroz (6% des voix) s’est désisté en faveur de Iouchtchenko rendant sa victoire certaine. C’est alors qu’eut lieu lors du second tour le 21 novembre dernier une ‘tentative de coup d’Etat’, selon les mots de Ioulia Timoshenko, via fraude massive des bulletins de vote. La 5<sup>e</sup> chaîne de télévision a montré immédiatement les faux bulletins, les stylos à encre disparaissante, les 30% d’électeurs ayant voté à domicile dans la région de Mykolaïv, au total plus de 3 millions de votes détournés ! Ce putsch fut orchestré par le candidat de la Russie, Victor Ianoukovytch avec la complicité de l’ancien président Léonide Koutchma. Après la déclaration de la victoire aux élections de Ianoukovytch par la commission électorale (dont le degré de corruption a largement été rendu public par d’anciens membres de celle-ci entrés en dissidence), la Cour constitutionnelle a empêché sa publication.</p>
<p>Car entre-temps une lame de fond a soulevé l’Ukraine en quelques jours, d’Est en Ouest et du Nord au Sud. Celle-ci contraste avec le triste spectacle de la célébration de la victoire de V. Ianoukovytch à Donetsk, ville de 5 millions d’habitants qui aurait pourtant voté à 97% pour le candidat du pouvoir. Les caméras des chaînes d’Etat, braquées vers le ciel pour un dérisoire feu d’artifice, ne purent masquer les rues désertées de la grande ville minière. Depuis, chaque jour un nombre croissant de régions (Lviv, Kyiv, Jitomyr,…) et de<br />
personnalités importantes du pouvoir (de la police, de l’armée, de la presse, de la magistrature, …) déclarent leur allégeance au<br />
président Iouchtchenko. La découverte de la présence de soldats russes sous uniforme ukrainien risque d’accélérer les<br />
événements, rendant intenable la position des putschistes L. Koutchma, V. Ianoukovytch et V. Medvetchouk.</p>
<p>C’est à ce moment précis que va se jouer l’avenir de la révolution orange. Le mouvement va-t-il se briser sur les offres de ‘compromis’ de la médiation internationale ? Ou à l’inverse la communauté internationale, autant celle des intellectuels et des médias que celle des politiques, soutiendra-t-elle la stratégie de Iouchtchenko d’imposer rapidement un deuxième second tour qu’il est sûr de gagner en cas d’élections libres ? Va-t-on employer le langage du droit positif, ou considérer au contraire que le peuple souverain est maître de la Loi ? Les grandes puissances voudront-elles ménager la Russie ou accepter de reconnaître enfin l’identité ukrainienne ?</p>
<p>Car l’histoire du coup d’Etat en Russie de 1991 montre qu’il ne peut y avoir de compromis avec un régime non démocratique. Si l’on a admis que l’Ukraine n’est pas un patchwork composite et périphérique mais une vieille nation slave et européenne disposant dans sa diversité d’un seul cœur et d’une seule tête, alors la seule alternative aujourd’hui pour les putschistes est la force ou la fuite. D’où l’importance de la position que va adopter la communauté internationale pour contrer le président Poutine, le seul à pouvoir imposer le premier<br />
scénario. Celui-ci a déjà été enclenché le 26 novembre au soir, avec la création d’une région autonome du Sud-Est (Luhansk, Donetsk) et une demande de rattachement à la Russie…</p>
<p>Dès le 25 novembre Colin Powell a déclaré que les Etats-Unis n’acceptaient pas le résultat de la commission éléctorale et prendraient des sanctions économiques à l’égard de l’Ukraine si la candidature de Ianoukovitch était entérinée. En France en revanche à cette date, seule la porte-parole adjointe du Ministère des Affaires Etrangères s’est exprimée pour émettre des ‘doutes’ sur la validité des élections. Le 26 novembre à Ouagadougou, le président Chirac s’est prudemment placé en seconde ligne derrière Javier Solana. Chacun sait en Ukraine que Jacques Chirac se déclare l’ami du président Poutine. Déjà une lettre lui a été adressée par les présidents des trois principales universités à la source de la révolte étudiante, l’Académie Moyla, l’université Ivan Franco de Lviv, et l’Université Catholique d’Ukraine. Dans cette lettre les présidents ukrainiens lui demandent de condamner les falsifications et de reconnaître le président Iouchtchenko. Après tout, même s’il ne faut pas pousser la comparaison trop loin, la communauté internationale n’a pas cherché à remettre en question l’élection du président Bush en 2000 malgré les désordres électoraux de Floride car il s’agissait de respecter la volonté du peuple américain.</p>
<p>Le président Chirac se trouve donc à la croisée des chemins. Va-t-il répéter l’erreur du président Mitterand en août 1991 en reconnaissant les putschistes ? Et les médias français vont-ils faire semblant de croire en la possibilité d’une médiation internationale qui mettrait à égalité les « deux parties en conflit » ? Ou bien le président Chirac, et à travers lui la nation française, sauront-ils faire preuve de courage politique en répondant à l’espérance blessée de la nation ukrainienne ? Le temps presse…</p>
<p><strong>Antoine Arjakovsky</strong></p>
<p>Professeur à l’Université Catholique d’Ukraine</p>
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		<title>Un retour en arrière n&#8217;est plus possible</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Feb 2005 12:18:48 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[La Révolution Orange]]></category>

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		<description><![CDATA[Photo Petro Didula/UCU
Un retour en arrière n’est plus possible. Interview de Petro Didula, lundi 29 novembre 2004. La place de l’indépendance à Kiev est le laboratoire de la victoire irréversible ... <a class="read-more" href="http://ucu.edu.ua/fr/tak/284/" title="Un retour en arrière n&#8217;est plus possible"></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><img class="alignright size-full wp-image-285" title="Un retour en arrière n'est plus possible" src="http://ucu.edu.ua/fr/files/2010/05/download-71.jpg" alt="Un retour en arrière n'est plus possible" width="250" height="165" />Photo Petro Didula/UCU</em></p>
<p>Un retour en arrière n’est plus possible. Interview de Petro Didula, lundi 29 novembre 2004. La place de l’indépendance à Kiev est le laboratoire de la victoire irréversible de la démocratie en Ukraine de l’Occident à l’Orient &#8230;</p>
<p>Petro Didula est responsable-adjoint du service d’information de l’UCU, directeur de la publication de la revue « Patriarcat » de l’Eglise Gréco-Catholique d’Ukraine, marié, et père de cinq enfants.</p>
<p>L.A. &#8211; Vous étiez dès lundi soir 22 novembre sur la place de l’indépendance à Kiev et vous avez passé une semaine entière à défendre la démocratie en Ukraine , quelles sont vos impressions sur les journées historiques que vous venez de vivre ?</p>
<p>P.D. &#8211; Ce qui m’a particulièrement frappé, ce sont les visages, les regards des gens. Une extraordinaire ouverture aux autres. La mobilisation de tous et une étonnante chaîne de solidarité. Les Kiéviens ont apporté aux manifestants de la nourriture, des vêtements chauds, ils ont proposé de partager leurs logements. Où que l’on soit dans la rue ou dans le métro, on avait le sentiment que les gens vous disaient par leur regard : « Soyez les bienvenus, nous vous sommes reconnaissants d’être là. Nous avons confiance en vous . »</p>
<p>L.A. &#8211; Petro, vous avez 37 ans, vous avez vécu les étapes importantes de l’histoire de votre pays des 15 dernières années, soit les manifestations pour la reconnaissance de l’Eglise Gréco Catholique d’Ukraine à la fin des années 80, l’indépendance de l’Ukraine en 91 et la visite du Pape en 2001. Par rapport à ces événements, cette fois-ci qu’avez-vous ressenti ?</p>
<p>P .D .- Je fais partie de cette génération des années 70 qui a vécu une mobilisation très forte via les organisations estudiantines pour la reconnaissance de l’Eglise Gréco-Catholique d’Ukraine et les grandes manifestations d’alors organisées dans la région occidentale de notre pays, notamment à Lviv. Nous avions le sentiment profond que nous avions réussi à remporter une victoire et que, via la mobilisation des organisations de jeunesse, la certitude que nous pouvions être forts dans l’union. Après quelques années d’un certain relâchement que j’ai parfois regretté, la visite du Pape Jean-Paul II en juin 2001, a fait renaître cet élan porteur d’unité car il a témoigné de liens très forts entre Chrétiens de différentes confessions, entre Orthodoxes et Gréco-Catholiques notamment. Tous mes amis orthodoxes de Kiev des différents patriarcats ont salué avec joie la visite du Pape et c’était pour moi très important. Le voyage du Pape a favorisé l’élan de la société ukrainienne à prendre conscience de son unité. Le Pape a touché les coeurs de toutes les personnes sincères indépendamment des confessions auxquelles elles appartenaient.</p>
<p>Aujourd’hui les événements me rappellent ce que nous avons vécu juste avant et pendant la visite du Pape, c’est à dire le rassemblement de gens de tout le pays ayant le désir de célébrer une victoire et la volonté de triompher. Rappelons qu’avant la visite du Pape on a pu lire de nombreuses publications contre sa venue et pourtant les gens se sont déplacés et l’ont réellement acclamé aussi bien à Kiev (400 000 personnes) qu’à Lviv (1 million 500 000 personnes) . Les gens se sont manifestés personnellement et c’était fondamental car aujourd’hui on assiste à l’enracinement de ce phénomène : une propagande considérable et une pression très forte a été exercée pour que les fonctionnaires votent pour le candidat officiel du pouvoir aux élections présidentielles. Les falsifications au second tour des élections ont été monstrueuses, la population a observé le déroulement d’une véritable farce électorale à l’annonce heure par heure des soi-disants résultats officiels le lundi 22 novembre au matin. Et la population a réagi immédiatement : « Je peux moi-même m’exprimer. J’ai le droit de me prononcer moi-même si j’accepte cette duperie ou non ». Et les gens savaient intuitivement qu’ils ne seraient pas isolés, qu’ils seraient unis et que leur unité ferait leur force.</p>
<p>L.A. &#8211; Pendant les événements de la révolution orange, avez-vous à un moment précis eu la certitude que la démocratie avait réellement gagné ?</p>
<p>P.D. &#8211; Dimanche 21 novembre j’étais observateur avec quelques-uns de mes collègues à Odessa. Nous étions de retour sur Lviv lundi matin quand nous avons entendu en fin de matinée les premiers résultats de la commission centrale des élections déclarant de fait le candidat soutenu par le pouvoir comme vainqueur des élections&#8230;. Pendant deux bonnes heures nous étions abasourdis par une sorte de choc et nous gardions un silence total. Nous ressentions comme si quelqu’un venait de nous cracher au visage.<br />
Puis nous avons décidé de ne pas rentrer sur Lviv mais d’aller directement sur Kiev. Et je vais vous dire que lorsque nous sommes arrivés sur la place de l’Indépendance à Kiev vers 22 heures 30 et que j’ai vu tous ces sourires, tous ces visages qui n’exprimaient pas une seule once de haine et qui incarnaient le visage de la liberté, alors j’ai eu la certitude intérieure qu’un retour en arrière n’était pas possible. Les jours qui ont suivi ont été riches d’enseignement pour tous : des jeunes démocrates reconnaissables à leurs signes distinctifs de couleur orange sont allés paisiblement à la rencontre des jeunes « en bleu » envoyés de l’est de l’Ukraine pour soutenir le candidat officiel du pouvoir. Ces derniers au nombre de 30 000 s’étaient massés dans le parc du palais Marininski, et les jeunes de l’autre camp leur ont apporté à manger, ont engagé le dialogue et finalement les jeunes en bleu sont allés eux-mêmes sur la place de l’indépendance, le mur des à-priori s’étant effondré . Certains ont même changé de camps après quelques bonnes discussions. En tout cas ils ont accepté le dialogue et tous ceux avec lesquels j’ai discuté ont reconnu qu’ils ne souhaitaient pas une scission de l’Ukraine entre l’est et l’ouest.</p>
<p>Au fur et à mesure que les heures ont passé les manifestants se sont organisés et on a vu des grandes pancartes montrant petit à petit d’où venaient les gens rassemblés sur Maidan, de quelles villes puis de quelle organisation, institution, université, etc&#8230;</p>
<p>Maidan aujourd’hui c’est le laboratoire de la victoire irréversible de la démocratie en Ukraine de l’Occident jusqu’à l’Orient.<br />
J’aimerais ajouter un petit signe qui nous a encouragé, quand nous étions presque arrivés à Kiev le lundi 22 novembre, on nous a volé nos papiers qui étaient restés dans notre voiture à un arrêt. Le lendemain la police nous a téléphoné pour nous annoncer que nos passeports avaient été retrouvés et lorsque nous les avons récupérés, il y avait dans chaque passeport, un marque-page orange&#8230;.</p>
<p><strong>Petro Didula est reparti à Kiev dès mardi 30 novembre.</strong></p>
<p><strong>Interview recueillie par Laure Arjakovsky, responsable du site web en français de l’UCU.</strong></p>
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		<title>L’ «Anti-Babylone» de la révolution ukrainienne</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Dec 2004 12:20:32 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[La Révolution Orange]]></category>

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		<description><![CDATA[10 décembre 2004 - Uliana Holovatch,Vice-recteur de l&#8217;Université Catholique d&#8217;Ukraine, était sur Maïdan dès le 23 novembre et y a passé toute la première semaine de la Révolution Orange. Elle ... <a class="read-more" href="http://ucu.edu.ua/fr/tak/288/" title="L’ «Anti-Babylone» de la révolution ukrainienne"></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>10 décembre 2004 -</strong> Uliana Holovatch,Vice-recteur de l&#8217;Université Catholique d&#8217;Ukraine, était sur Maïdan dès le 23 novembre et y a passé toute la première semaine de la Révolution Orange. Elle relate ci-dessous ses impresssions&#8230;</p>
<p>Il est difficile de dire quelque chose de nouveau à propos des événements qui se déroulent aujourd’hui à Kiev. On dirait que chaque opinion a été exprimée, chaque regard a été fixé, chaque émotion a été verbalisée. Des centaines d’interviews et d’articles, avec plus ou moins d’émotion, présentent un large spectre d’opinion des hommes politiques et des juristes, des politologues et des scientifiques, des prêtres et des militaires, des hommes d’affaires et des fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur, des artistes et des hauts fonctionnaires de l’Etat, enfin, des membres de différentes organisations publiques hier absolument apolitiques mais qui se sont aujourd’hui regroupés pour former une force réelle d’oposition au pouvoir. Pouvoir qui, dépassant toutes les limites du mensonge et de la fraude, a brutalement et cyniquement entrepris une lutte systématique contre son peuple. Malgré les différents points de vue, tous sont unanimes pour reconnaître que l’Ukraine vit en ces jours les moments historiques de la naissance d’un citoyen qui n’accepte pas l’acte officiel de l’injustice. C’est justement ce phénomène historique qui témoigne de la création d’une nouvelle nation politique en Ukraine. En effet, malgré toutes les « prévisions » des hommes politiques et politologues engagés, les Ukrainiens de l’ouest et de l’est ont dépassé les barrières artificiellement renforcées par le pouvoir officiel sur leurs distinctions selon des critères de langue, confession et mentalité car ils sont unis aujourd’hui dans la quête commune de la Vérité et de la Liberté. Le titre même de mon essai est aussi une heureuse métaphore de Serge Rakhmanine que je ne peux pas ne pas faire mienne après tout ce que j’ai vécu à Kyiv, sur la place de l’Indépendance (Maïdan), devant le batîment du parlement, devant l’administration du président ou, tout simplement, dans les rues de ma capitale dont, peut-être pour la première fois, je suis vraiment fière.</p>
<p>Malgré la certitude absolue du pouvoir en pleine déliquescence qu’il se maintiendra encore et se renforcera en utilisant, à part l’influence administrative, la méthode vieille comme le monde qui dit « Divide et impera », toutes les contradictions qu’il cultivait se sont nivelées au moment du choix important : accepter ou rejeter la réalité existante. Ce choix a pris une dimension existentielle, forçant les gens à sortir de leurs mondes hermétiques et spécialisés pour répondre au mal radical par une résistance non moins radicale. L’opinion publique a été poussée à affirmer la Vérité. Plus la Vérité était mise à l’épreuve et à la dénégation brutale, plus le pouvoir continuait de coexister cyniquement et paisiblement tout en commettant des crimes et plus clairement se dessinait le modèle de l’intellectuel engagé, qu’il soit prêtre, artiste ou homme d’affaire. Lorsque les stylistes habituellement loin de la politique ont commencé à parler de leur participation à la révolution orange cela est devenu le comble, le point de sursaturation du pouvoir criminel et cela a manifesté la conviction que l’ancien pouvoir s’était complètement épuisé, s’était transformé en anachronisme freinant le développement de la société, de l’économie et même du style. Et par cette dernière observation je reprends cette fois spontanément les paroles de Taras Prokhasko qui a, avant même le deuxième tour des élections présidentielles , déterminé l’importance du choix à faire pour l’Ukraine entre l’esthétique de la beauté et le mauvais goût de la médiocrité bornée et agressive.</p>
<p>Tant que ma mémoire garde les impressions personnelles vécues Maïdan, orange et bouillonnante, il faut se presser de reproduire les traits caractéristiques du moment révolutionnaire qui devient déjà l’histoire, une des plus belles pages de l’histoire moderne de l’Ukraine. C’est avant tout l’absence organique de réflexe négatif des uns envers les autres, le désir d’éviter toute violence, le souhait d’entendre l’autre. C’est une atmosphère positive et créatrice et non une force destructive visant la discorde et la destruction. Même les slogans négatifs scandés par les gens rassemblés sur Maïdan, à l’annonce des nouvelles actions criminelles réalisées par le pouvoir agonisant, ne reflétaient pas la haine mais plutôt l’affirmation que la force réelle du peuple sera suffisante pour défendre la vérité et par la vérité vaincre le mal. C’est un sourire joyeux et une foi avec la présence nette de la composante religieuse. Enfin c’est le sceau net du sacré marqué dès le début par la bénédiction de la Croix et durant tous les 17 jours de la révolution orange le franchissement de pas victorieux avec la foi que Dieu est la Vérité et que la Vérité triomphera.</p>
<p>On peut parler aussi de l’autoconscience artistique de la révolution orange. Si l’année 1991 a été préparée par les poètes, la voix des stars du show-business ukrainien a retenti haut et fort pendant toute la révolution orange. Slavko Vakartchouk, Maritchka Burmaka, Oleh Skrypka, Taras Petrynenko, Rouslana ainsi que beaucoup d’autres chanteurs- qui avant paraissaient tout à fait apolitiques &#8211; ont agi avec courage et leurs noms resteront les symboles de la position civile et morale ukrainienne contemporaine. Cette révolution a sans doute créé sa propre esthétique qu’on étudiera et sur laquelle on écrira beaucoup. Si on généralise, l’esthétique de la place de l’Indépendance est caractérisée par la multitude des styles et un certain éclectisme dans la grande diversité des formes esthétiques ainsi que par l’irrationalisme et l’universalité mais également par l’émotion vraiment carnavalesque et hédoniste du moment. Si l’on parle plus concrètement, on peut essayer de relever les traits qui ressemblent à ceux qu’on rencontre dans les manuels de la poétique post-moderniste et qui ont marqué la figure de la révolution ukrainienne. C’est l’intertextualité qui a trouvé son expression dans des refrains de chansons fixés dans une forme de mots, de sens, de slogans. C’est le caractère dialogique qui s’est exprimé par la création d’une réalité alternative par la parodie, les montages, la visualisation et le jeu par rapport à telle ou telle image à laquelle avait recours la partie opposée et qui tout de suite se retournait contre elle-même. C’est l’interpénétration des discours qui appartiennent à différents niveaux de la culture. C’est une union organique de choses incompatibles – des fleurs sur les boucliers en métal des soldats des forces spéciales du ministère de l’intérieur, la grève politique devant le batîment du gouvernement accompagnée aux sons des tambours comme thérapie de choc esthétique pour ceux qui savent et ne veulent pas savoir, qui entendent et ne veulent entendre ni la lettre de la Loi, ni le langage de l’argument logique du droit : Lorsque la loi se taît, les tambours parlent.</p>
<p>Tous ces traits de la révolution orange paisible et souriante, vivifiante et élégante (je me permets de reprendre les termes de son leader) prédisposent à une issue positive, portant en eux l’espoir d’une grande promesse. On peut dire qu’aujourd’hui en Ukraine a lieu une lutte pour les valeurs qui se sont affirmées en Europe depuis longtemps comme des vérités évidentes et fondées. On a gagné la première mi-temps.</p>
<p>Aujourd’hui la société ukrainienne est sans exagérer enceinte du pressentiment d’une nouvelle étape de civilisation. En même temps, il est évident que des contradictions existeront ultérieurement dans la société. Compte tenu du contexte historique et politique complexe comment faire pour que ce qu’on a obtenu ne disparaisse pas dans d’éventuels conflits possibles ? Il est clair que le processus de purification qui a commencé par le mouvement de résistance du peuple le 22 novembre avec le slogan « Pour une Ukraine pure » ne s’achèvera pas le 26 décembre. Un long chemin de formation d’une société à visage humain nous attend. Mais il est nécessaire que ce que nous avons gagné ne se transforme pas en foyer d’idées et bonnes intentions ne devenant jamais réalité. La vague révolutionnaire a été très importante pour l’éveil de l’opinion publique collective, pour la naissance du citoyen en chacun de nous. Elle est devenue la force motrice de la transformation des anciennes structures, et l’important aujourd’hui est de ne pas perdre ces instants où la Vérité et la Liberté se présentent devant nous comme une grande promesse. Aujourd’hui les gens sont capables de se purifier. Il est important de ne pas se perdre soi-même, de ne pas perdre cette faible lumière en soi dans cette vague d’enthousiasme personnel. Le chant de bataille ultérieure pour la transformation de la société doit passer au plan de la lutte intérieure pour la pureté de sa propre conscience. La liberté doit s’identifier à la loi, être guidée par l’intelligence et se vérifier par un impératif moral découvert dans son monde intérieur auquel est associé l’image connue du ciel étoilé de Kant.</p>
<p>Voici une opinion qui ne peut pas être objective ou prétendre être analytique. Il n’y a aucun doute que les événements que l’Ukraine a vécus et dans lesquels il s’est formé comme société civile sur la place de l’Indépendance pendant les 17 jours de la révolution orange deviendront l’objet de recherches sérieuses et fructueuses qui soulèveront une nouvelle problématique philosophique et sociologique, historique, communicative et artistique. Mais pour l’instant ce n’est qu’un essai de partager mes opinions et mes émotions, ou, peut-être, le simple désir de fixer sur du papier l’humeur, de fixer les traits essentiels de ces journées exceptionnelles qui deviendront sans doute l’histoire.</p>
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		<title>On ne me tuera pas, n’est-ce pas ?</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Dec 2004 12:19:41 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[La Révolution Orange]]></category>

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		<description><![CDATA[Photo Petro Didula/UCU
Extraits du Journal d’Irina Koultchiska, étudiante en 4è année, du 23 au 28 novembre 2004&#8230;
Mardi 23 novembre 2004
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			<content:encoded><![CDATA[<p><em><img class="alignright size-full wp-image-287" title="On ne me tuera pas, n’est-ce pas ?" src="http://ucu.edu.ua/fr/files/2010/05/download-81.jpg" alt="On ne me tuera pas, n’est-ce pas ?" width="250" height="188" />Photo Petro Didula/UCU</em></p>
<p>Extraits du Journal d’Irina Koultchiska, étudiante en 4è année, du 23 au 28 novembre 2004&#8230;</p>
<p><strong>Mardi 23 novembre 2004</strong></p>
<p>&#8230; Puis nous sommes partis à Kiev. Nous quittions la ville natale sans savoir ce qui nous attendait, ayant à la hâte fait nos valises. Pourtant le voyage s’est bien passé. Il n’y avait ni clous ni camions chargés de sable sur la route. Au contraire, la route, du moins dans la région de Lviv, était ornée de rubans orange. Les habitants des villages environnants, formant une chaîne vivante, saluaient les colonnes automobiles qui se dirigeaient vers la capitale. Par ce geste, ils témoignaient leur unité spirituelle avec nous et nous avons senti monter en nous l’esprit de la victoire. Notre peur a été remplacée par l’audace et la certitude que nous allions gagner. Entre-temps, les nouvelles n’étaient pas très réconfortantes&#8230;</p>
<p><strong>Mercredi 24 novembre</strong></p>
<p>Nous nous sommes réveillés dans le bus enneigé. La place de l’indépendance à Kiev (Maidan) bourdonnait non loin de nous. Une femme avec du thé et des brioches s’est approchée de nous. « Combien ça coûte ? », avons-nous demandé par habitude. « Mais non, les enfants ! Prenez, mangez ! Vous savez pour qui Kiev a voté ». J’avais déjà entendu que les kiéviens distribuaient gratuitement des repas aux manifestants mais le geste de cette femme m’a particulièrement touchée.</p>
<p>Arrivée sur Maidan, je me suis sentie une partie de quelque chose d’immense. En même temps, un grand besoin de prière constante pour ces gens est né dans mon cœur. « Oui, Seigneur, je crois que Tu leur offres le bonheur, car « Dieu se préoccupe du chemin des justes et le chemin des injustes périra ». Ces paroles du psaume nous remontaient le moral pendant ces journées.</p>
<p>&#8230; Bouleversées par ce que nous avons vu, nous, les jeunes filles, nous sommes allées offrir des fleurs aux jeunes des forces spéciales du ministère de l’intérieur qui faisaient la garde devant la résidence du président. Lorsque ma main a accroché un aster jaunâtre sur le bouclier d’un soldat, ce dernier a détourné son visage. Je ne savais pas ce qui se passait dans son âme à cet instant, mais son regard froid derrière son casque m’a transie. « Allez, souriez. », lui ai-je demandé timidement ne croyant pas qu’on pût entendre quelque chose de l’autre côté de cette masse de métal. Regardant leurs équipements j’imaginais comment il nous faudrait éventuellement nous frayer un passage à travers eux&#8230; « Bon, les militaires peuvent nous battre, ils peuvent utiliser du gaz lacrymogène; j’accepte qu’on puisse me blesser, mais on ne me tuera pas, n’est-ce pas ? Je ne comprends pas ce que c’est que mourir pour sa Patrie » étaient les pensées qui me venaient à l’esprit. Quoi que&#8230; il me semble que maintenant je le réalise. J’ai aussi compris que notre révolution était paisible, donc, qu’il n’y aurait pas de violences (à part les provocations éventuelles bien sûr).</p>
<p><strong>26 novembre</strong></p>
<p>&#8230; Nous avons travaillé dans la maison populaire sur la place de l’Europe non loin de Maidan. Je m’enthousiasmais de plus en plus de la générosité de mes compatriotes qui n’arrêtaient pas d’apporter des vêtements chauds, des médicaments, de la nourriture, de l’argent. Un homme venu de la région de Poltava et ayant apporté une somme d’argent a remarqué : « Tout le village a recueilli cet argent. Nos grand-mères ont donné toute leur retraite aux grévistes ».</p>
<p>L’intégration des Eglises est aussi un moment important de ces événements. Tout le monde prie ensemble sur Maidan : les orthodoxes, les gréco-catholiques, les protestants. « L’Eglise ukrainienne doit être une », ont affirmé les kiéviens avec qui j’ai parlé. Les orthodoxes ont très bien accueilli le discours en ukrainien du Saint Père suivi de prières pour l’Ukraine.</p>
<p><strong>27 novembre</strong></p>
<p>Un jour un moine orthodoxe est venu nous demander des vêtements chauds.<br />
-	D’où êtes-vous ?<br />
-	De Russie, de Vladivostok. Nous faisons partie de l’Eglise Orthodoxe Hors-Frontières de Russie<br />
-	Quel candidat soutenez-vous ?<br />
-	Nous luttons pour la vérité. Peu importe qui gagnera&#8230; Pourvu que ce ne soit pas celui de Donetsk !!!<br />
-	Où habitez-vous ?<br />
-	Dans la forêt. On fait un feu pour se réchauffer&#8230;<br />
Nous avons donné un manteau au moine et il est reparti. On pouvait tirer de cette rencontre singulière la conclusion que non seulement l’Eglise ukrainienne mais aussi les Eglises d’autres pays se préoccupaient de la destinée démocratique de l’Ukraine.</p>
<p>&#8230; Nous sommes allés à la gare où, dans des conditions pas très confortables, s’étaient installés les supporters du candidat du pouvoir. Nous avions l’impression qu’on les avait abandonnés dans cette capitale de la révolution orange et nous avons décidé de partager avec eux notre nourriture et de leur parler. Quand nous nous sommes approchés des « bleus-blancs » nous avons rencontré des réactions différentes : des cris de mépris genre « Allez-vous-en ! Nous ne voulons pas de cadeaux américains, tout cela est empoisonné » aux simples acceptations « Merci. On a faim de toute façon ». Mais c’étaient surtout des personnes âgées fatiguées, affamées qui nous étaient reconnaissantes pour la nourriture apportée et qui semblaient être loin de toute politique.</p>
<p><strong>28 novembre</strong></p>
<p>&#8230; Dimanche – jour du Seigneur. Partout dans la ville on célèbrait la liturgie. Les fidèles de l’Eglise Gréco-Catholique d’Ukraine et de l’Eglise Orthodoxe d’Ukraine du patriarcat de Kiev se sont réunies dans la maison populaire et sur la place de l’Europe. On sentait que l’Esprit Saint était particulièrement présent parmi nous.</p>
<p>&#8230; Ces quelques jours passés à Kiev sont inoubliables. Je suis heureuse non seulement parce que le pouvoir va changer et que la liberté de parole renaît. Je suis heureuse parce que ma nation est unie, elle a compris la dignité de chaque personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Sur Maidan on avait l’impression d’être au temps des premières communautés chrétiennes. Si je sais que nous allons reprendre notre vie quotidienne je sais aussi que nous ne serons plus jamais les mêmes que nous étions hier. Cette révolution pacifique est devenue une vraie école de vie, l’école de la fraternité, de l’amour, de l’estime mutuel et de la compréhension. Je souhaite que nous puissions vivre à l’avenir en gardant les uns envers les autres ces principes chrétiens.</p>
<p><em>Irina Koultchiska est étudiante en 4è année à la faculté de théologie et de philosophie de l’Université Catholique d’Ukraine.</em></p>
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