C’est en ces termes que l’Eglise orthodoxe ukrainienne (Patriarcat de Moscou) a réagi au 60ème anniversaire du pseudo-synode de Lviv de 1946 dans une lettre du St-Synode de l’EOU (PM) adressée le 9 mars 2006 aux fidèles.
Adresse du St Synode de l’Eglise orthodoxe ukrainienne (Patriarcat de Moscou) aux fidèles de l’EOU (PM) et au peuple ukrainien à l’occasion du 60ème anniversaire du retour des gréco-catholiques au sein de l’Eglise orthodoxe
Il y a 60 ans, lors du premier dimanche du Grand Carême (8-10 mars 1946), un synode du clergé et des laïques catholiques ukrainiens de rite oriental (Eglise gréco-catholique d’Ukraine) a eu lieu à Lviv où la décision a été prise d’annuler les résolutions du sobor uni de Brest de 1596 et ainsi de :
- quitter la juridiction de l’Eglise catholique romaine,
- revenir à la foi orthodoxe des ancêtres
- être rattaché à l’Eglise orthodoxe orientale universelle.
Plus le temps nous éloigne du Synode de Lviv de 1946, plus importantes s’avèrent ses décisions cruciales. Une haute appréciation du Synode s’ensuit de l’analyse de l’idéologie, des méthodes, des voies et des conséquences de l’imposition de « l’union ».
Notre attitude négative actuelle envers « l’union de Brest de 1596 » est fondée sur le fait historique indéniable de son apparition sur les terres ukrainiennes 600 ans après la Christianisation de notre peuple. Grâce aux durs efforts de notre saint le prince Volodymyr (égal à un apôtre) les slaves qui se trouvaient avant dans les ténèbres du paganisme ont été éclaircis par la lumière de l’Evangile et ont rejoint l’Eglise orthodoxe possédant la plénitude non perturbée de la compréhension de la Vérité. Pendant presque six siècles, par la grâce divine, la Rouss a élevé, au sein de l’Eglise orthodoxe, une multitude de saints pères, a embelli tout le monde chrétien par Kiev aux coupoles dorées, selon les expressions historiques, deuxième Rome, par sa cathédrale toujours vivante de son exploit chrétien, la Laure de Petchersk à Kiev, troisième apanage de la Sainte Vierge. C’est une manifestation mûre de la véracité de la voie du Sauveur par lequel notre Eglise fait entrer ses enfants dans le Royaume Divin. L’Eglise orthodoxe de la Rouss jouissait de la plénitude de la Vérité et de la Grâce. Dieu, de même qu’à l’époque des apôtres, élargissait le nombre de ceux qui se convertissaient, et ainsi on ne voyait pas la nécessité ecclésiologique de faire l’union avec qui que ce soit.
Il s’est avéré historiquement que la région occidentale de l’Ukraine était soumise, à partir du XIV siècle, à une pression idéologique particulièrement forte de la part des représentants de l’Eglise catholique romaine dont le rêve le plus cher depuis des siècles consistait à convertir la Rouss au rite latin. Deux raisons ont conditionné ce désir. Premièrement, afin d’élargir l’hégémonie de l’Eglise catholique s’épanouissant politiquement au sein de l’Europe de l’époque. Deuxièmement, par des convictions datant du Moyen Age et selon lesquelles le salut n’est possible qu’au sein de l’Eglise catholique romaine sous l’ « omophorion » du pape. Les catholiques de l’époque sous-estimaient complètement la foi orthodoxe orientale qualifiée de « schismatique » et considéraient que la parole de l’Annonciation n’avait pas encore touché l’Eglise de la Rouss, et tout le peuple ukrainien en particulier, et qu’il y avait là une mission à accomplir. Le Pape Jean-Paul II, aujourd’hui défunt, a demandé pardon auprès des peuples chrétiens du monde, et au peuple ukrainien en particulier, pour le comportement négatif de son Eglise de l’époque, ce qui signifie en conséquence qu’il a reconnu comme une erreur l’imposition forcée de « l’union de Brest » sur les terrains d’Ukraine Occidentale.
L’Union de Brest a été signée en 1596. La conclusion de cette union malencontreuse pour l’avenir de l’Ukraine ne représentait pas la manifestation du désir du peuple ukrainien. Elle ne fut signée que par une partie des piètres évêques vénaux soutenus par une partie de la noblesse ukrainienne désirant égaliser ses droits et ses privilèges à ceux de la noblesse polonaise au sein du royaume de Pologne.
La conclusion de l’union en question comportait avant tout un caractère politique et non ecclésiastique, il s’agissait d’unifier la population qui habitait la Rich Pospolyta (Pologne d’aujourd’hui). Il est sûr que l’union était considérée comme une étape de transition vers la latinisation complète et la polonisation de la Galicie. La transformation des ukrainiens en polonais à l’aide de la foi et de la langue se faisait par « le feu et l’épée », ce dont témoignent de nombreux faits décrits dans des chroniques documentaires, ainsi que dans les oeuvres immortelles de nos classiques. L’introduction violente de l’union et les persécutions contre l’Eglise orthodoxe à partir du XVIIe siècle sont devenues une des raisons du mouvement national de libéralisation.
Les conséquences de l’imposition artificielle de l’union ont été catastrophiques pour l’Eglise orthodoxe. La foi orthodoxe a été déracinée presque sur tout le territoire, où grâce à l’aide du pouvoir royal les « uniates » ont réussi à s’installer. C’est grâce au même pouvoir qu’on s’est approprié de tous les biens de l’Eglise orthodoxe : cathédrales, monastères, icônes, églises et terrains, ustensiles d’église, c’est à dire tout ce que le peuple orthodoxe offrait à Dieu en sacrifice de ses oeuvres depuis 600 ans environ à compter de sa christianisation. La sous-estimation, l’atteinte violente aux droits civils, et parfois, aux droits de l’homme, et les persécutions cruelles se déversèrent contre ceux qui étaient restés fidèles à la Sainte Orthodoxie.
L’imposition de l’union et la latinisation progressive menèrent à l’étouffement et à la polonisation de la culture ukrainienne, à la perte de son identité. Ce fait a engendré à la deuxième moitié du XIXe siècle une résistance et une lutte contre la culture religieuse latine au sein même des uniates. La revue gréco-catholique « Parole Divine » (p.143) de 1881 écrit : « Le prêtre Lyts à Yaniv, « saisisseur des âmes » célèbre, a oublié qu’il n’est pas ici dans le pays des incroyants, mais des chrétiens…il a fait une telle propagande en vertu de laquelle le salut du peuple revient uniquement aux chrétiens de rite romain… De tels prêtres martyrisent notre pauvre Rouss depuis déjà le 6ème siècle… On peut penser que notre union avec Rome s’appuie sur le mensonge et l’hypocrisie (du pharisien), et non sur la vérité et l’amour ».
L’attitude irrespectueuse de la hiérarchie catholique romaine envers le clergé uniate a également contribué à la déception par rapport à l’ « union de Brest », le clergé n’ayant pas reçu, malgré le document signé, des droits égaux à celui du clergé de rite latin, ce qui fut perçu très douloureusement. En même temps, on assistait au renforcement de l’intérêt envers l’histoire du pays dont les racines atteignaient l’Orthodoxie. Comme résultat de telles recherches et de telle lutte on a su retourner certaines paroisses uniates en Trans-Carpatie, dans la région de Lemkivchtchyna, ainsi que parmi les émigrés ukrainiens en Amérique et au Canada au XIX – début du XX siècle qui sont revenues au sein de l’Eglise orthodoxe.
Le facteur social a toujours joué un rôle important dans l’histoire de l’Eglise, à partir de sa naissance et jusqu’à aujourd’hui. L’Eglise chrétienne n’est pas une institution de ce monde, mais elle y apporte sa mission de sauveur. Le chrétien distingue, dans tout ce qui se passe, l’action de la divine providence dirigeant même des faits et des processus négatifs vers de bonnes et positives conséquences.
Le mouvement gréco-catholique pour le retour à la foi des ancêtres a pris son élan dans la première moitié du XXe siècle. A cette époque la situation politique changeait très rapidement en Europe, sa carte « se remodelait à nouveau ». En 1939 le territoire de l’Ukraine s’unifia, après 600 ans d’interruption. Personne ne peut dire que le pouvoir soviétique a apporté du bonheur et de la liberté aux terrains occidentaux de l’Ukraine. Pourtant, n’est-il pas positif que l’Ukraine soit enfin devenue un tout ? Personne n’approuve le régime soviétique totalitaire des persécutions dont a souffert presque chaque famille ukrainienne. Pourtant il n’y a personne qui puisse nier le fait que la délivrance du joug d’esclave de l’Allemagne fasciste par les soldats soviétiques fut un vrai bonheur pour l’Ukraine
Il ne faut pas toucher à des circonstances lors desquelles des processus que nous avons déjà évoqués ont eu lieu il y a 60 ans. On en a beaucoup parlé et écrit. Laissons cela au jugement divin. Pourtant, nous y voyons l’action de la divine providence.
Il est de notoriété publique que le pouvoir soviétique tenait à appliquer sa politique en Galicie. Pour ce faire, il s’est référé à l’ancien désir franc de la plupart des uniates de s’unir avec l’ennemi, ses dirigeants ayant soutenu le fascisme. C’est pourquoi l’épiscopat uniate a été arrêté et on a recommandé au clergé de s’associer à l’Eglise orthodoxe. On ne va même pas discuter sur la légitimité de ces méthodes. C’était seulement les jésuites qui disaient à l’époque: « Finis sanctificat media » (« la fin justifie les moyens »).
Quoi qu’il en soit, le Synode du clergé de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine s’est déroulé en 1946, dirigé par Havriil Kostelnyk, personnalité la plus connue et initiatrice du mouvement pour la renaissance de l’orthodoxie au début du XX siècle. Le Synode a annulé la résolution du Synode de Brest de 1596 sur l’union avec Rome et la décision a été prise de retourner au sein de l’Eglise orthodoxe. 997 personnes au sein du clergé uniate ont voté pour le retour à l’Eglise orthodoxe contre 273 personnes qui l’ont refusé. Le pourcentage des personnes favorables représentait donc 78% du clergé gréco-catholique. 216 délégués prêtres ont pris part au synode, le droit de vote leur étant accordé, ainsi que 19 laïques invités.
Après l’union avec l’orthodoxie l’Etat a transmis les biens de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine à la jouissance de l’Eglise orthodoxe de la Rouss. Il faut réaliser que l’Eglise orthodoxe a reçu les biens qui lui avaient été enlevés par les uniates avec l’appui militaire de la couronne polonaise. Parmi les biens transmis figuraient les cathédrales bâties par les orthodoxes avant l’union de Brest, et les terrains dont l’Eglise orthodoxe avait été propriétaire avant le synode de 1596.
Aujourd’hui les tentatives deviennent plus actives de noircir les actes du Synode de Lviv de 1946 qu’on présente en tant qu’action du régime athée orientée à détruire l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine en Galicie avec la contribution des orthodoxes. Les uniates se prennent pour des victimes innocentes, et les orthodoxes sont considérés comme les partisans utilisés par le pouvoir athée. On crée une situation artificielle où les orthodoxes sont mis dans une situation où ils doivent se justifier pour les crimes qui n’étaient pas les leurs. Est-ce que ce n’est pas une profanation par rapport à l’Eglise mère dont les habits sont marqués du sang de ses propres enfants, les millions de martyrs et de confesseurs de la foi en Christ! Ce n’était pas les représentants de l’Eglise gréco-catholique qui remplirent les camps de concentration de Sibérie dans les sanglantes années 20 et 30, ce n’étaient pas ses enfants qui gonflaient de faim en 1933. Ce n’était pas son « dernier prêtre » qu’on promettait de montrer à la télévision dans les années 80. Est-ce qu’elle a donc le droit moral de reprocher aujourd’hui à l’Eglise, qui dans la période de l’après-guerre, après avoir accueilli les gréco-catholiques, les a sauvés de la destruction physique totale, a sauvegardé, tant qu’elle a pu, ses cathédrales et ses biens, a rendu possible sa vie ecclésiale, a éduqué dans ses églises quelques générations du clergé.
Les uniates ont manifesté leur « reconnaissance noire » au début des années 90 du siècle dernier, ayant dévoilé leur vrai visage. Les paroisses orthodoxes en Galicie ont été détruites, réduites à l’inaction et dans la plupart des cas, sous la complaisance directe du pouvoir local. On faisait échouer les liturgies et on envahissait les cathédrales par la force. Le clergé gréco-catholique enfonçait les portes royales de nos iconostases d’un coup de pied, pourissait les antimensions, où reposaient les reliques des martyrs pour la foi en Christ, jetait et marchait sur les Saints Dons reposant dans les autels de nos églises. Ces moyens du « retour à la justice historique », peuvent-ils être justifiés, c’est à Dieu d’en juger.
L’Eglise orthodoxe d’Ukraine ne justifie en aucune façon les circonstances et les moyens utilisés pendant le passé soviétique totalitaire lors duquel le Synode de Lviv de 1946 a été mené, mais elle continue comme auparavant de frapper d’anathème aujourd’hui, ce dimanche de l’office de l’orthodoxie, les actes illégitimes qui ont eu lieu en 1596 à Brest. Elle proclame le souvenir éternel aux défenseurs de l’orthodoxie et demande leurs prières, devant l’Autel de Dieu, pour l’assertion de l’orthodoxie dans notre Patrie qui a beaucoup souffert.
Kiev, le 9 mars 2006
Relations inter-confessionnelles

