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Les Gréco-Catholiques d’Ukraine: Une Étude Historique

Les Ukrainiens sont un peuple qui fait partie des Slaves orientaux. Au travers des siècles, plusieurs pays avoisinants se disputèrent ce territoire. En 1991, l’Ukraine est devenue un Etat indépendant. D’après le recensement de 1999, la République ukrainienne compte 50 500 000 habitants dont 73% d’Ukrainiens ethniques. Près de sept millions vivent dans d’autres républiques de l’ex-Union soviétique, et deux et demi millions sont éparpillés dans plusieurs pays, en particulier en Amérique du Nord et du Sud, en Europe et en Australie.

Pour comprendre la situation des Eglises et des autres communautés religieuses en Ukraine, il est important de considérer le contexte historique. Le patrimoine de l’expérience religieuse ukrainienne, riche et varié, s’étend sur une période de 1000 années d’histoire écrite. C’est son héritage chrétien qui constitue l’aspect dominant de la tradition religieuse ukrainienne. Dans la pratique, aucun aspect de la vie culturelle, politique et même économique en Ukraine telle qu’elle s’est développée au travers le siècle dernier n’est compréhensible sans considérer l’importance des Églises chrétiennes, leur doctrine, canons, pratique liturgique, spiritualité communautaire et individuelle, art, culture et coutumes populaires chrétiens.

Le contexte médiéval

La Principauté de Kyiv (Kiev). Cet état médiéval s’est formé sur le territoire de l’actuelle Ukraine au 11e siècle sous la direction de chefs scandinaves (Vikings) et a été connu sous le nom de « Rous’» ou « Grande Principauté » de Kyiv. Outre l’actuelle Ukraine, il comprenait les territoires de la Russie centrale et de la Bélarus. Quant à sa structure étatique, la Rous’ a été divisée en plusieurs petites principautés dotées d’une autonomie considérable voisine de l’indépendance, chacune étant gouvernée par un membre de la famille Riuryk. Le prince Riuryk était le premier prince scandinave à venir du Nord sur les terres des Slaves orientaux. Il a gouverné sur les territoires de Pskov et Novgorod, alors que son frère Oleh a conquis Kyiv.

Après la mort du Grand Prince Oleh, le règne de son fils Ihor, marié à Olha, a commencé en 912. Après la mort d’Ihor en 945, Olha a gouverné en régente pour son fils Svyatoslav mineur. Lorsque à son tour le Grand Prince Svyatoslav est mort, ses trois fils, les petits-fils d’Olha, Yaropolk, Oleh et Volodymyr (978-1015) ont hérité de principautés différentes. Yaropolk a reçu la Grande Principauté de Kyiv, Oleh la principauté de Korosten’, et Volodymyr celle de Novgorod. Cependant, les princes sont entrés en conflit, et le vainqueur de ces guerres fratricides était Volodymyr. Étant devenu le souverain de la Rous’, il a commencé le travail de réunification politique de plusieurs tribus éparpillées et instables ; cet exploit lui a valu le nom de « Volodymyr le Grand ». Lui a succédé son fils Yaroslav appelé « Yaroslav le Sage » pour avoir donné un code constitutionnel et administratif à la Rous’ ancienne.

Les Commencements du Christianisme. Le Christianisme est venu en Rous’ kyivienne de Byzance; cependant, dans la période initiale il y a eu également des contacts avec le Christianisme occidental. Le premier membre de la dynastie régnante à être baptisé était la Reine Olha (c. 955). Elle avait demandé à l’empereur allemand Otton Ier d’envoyer des évêques et des prêtres. L’activité de plusieurs missionnaires sous la conduite du moine Adalbert de Trier devait avoir une influence considérable. Cependant le fils d’Olha Svyatoslav, resté païen, les a rapidement renvoyés. D’autre part, son petit-fils, le Grand Prince de Kyiv Volodymyr, a reçu le Christianisme de Byzance et à son tour a baptisé la population de Kyiv en 988. Byzance a transmis le message évangélique aux Slaves à travers un système d’écriture, les sacrements, les offices liturgiques, les Saintes Ecritures et d’autres textes sacrés, un calendrier avec un cycle de jours de fête pour la consécration du temps, une chronologie et un sens de l’histoire de salut, des modalités de la prière et de la vie spirituelle, un modèle du monachisme, des codes complets de droit moral et canonique, des styles architecturaux et artistiques, une idéologie sociale et politique, et une hiérarchie ecclésiale; tous ces éléments ont servi de fondation pour le développement d’une nouvelle culture chrétienne dans les principautés de la Rous’. Volodymyr a radicalement changé son style de vie personnel et sa vision sociale. Ayant épousé la s·ur de l’empereur byzantin, il a abandonné la polygamie. Un prince-guerrier qui a joui d’un succès considérable, il a aboli la peine de mort dans la principauté. Honoré comme le fondateur de l’Eglise en Ukraine, Saint Volodymyr le Grand est également considéré comme étant « égal aux apôtres ».

Pendant le règne de son fils et successeur Yaroslav le Sage (1015-1054) le Christianisme byzantin a continué à être propagé en Slavon dans le pays entier; la législation et vie publique s’inspiraient de principes chrétiens. Après la mort de Volodymyr en 1015, la lutte pour le pouvoir qui s’en est suivie a provoqué le martyre des princes et saints Borys et Hlib qui, mus par l’amour fraternel, ont décidé de ne pas résister à l’agression de leur frère Svyatopolk. Pendant le règne de Yaroslav, le célèbre monastère de la Pechers’ka Lavra a été fondé à Kyiv, avec ses deux moines les plus célèbres , St. Antoine et St. Theodosiy. Les biographies des personnalités majeures du monastère sont compilées dans le célèbre Kyivo-Pecherskyi Pateryk. Yaroslav a ordonné la construction de l’église St. Sofia de Kyiv, et c. 1039 le grec Theopempta a été envoyé de Byzance pour devenir métropolite de Kyiv. Cependant, après sa mort en 1050, souhaitant rester indépendant, le Prince a décidé qu’Ilarion, auteur de l’·uvre théologique ukrainienne la plus remarquable de l’époque (Discours sur la loi et la grâce), deviendrait le premier métropolite slave.

La communion de l’Église kyivienne avec l’église catholique a duré assez longtemps même après 1054 (la date-butoir du processus d’éloignement de l’Occident et de l’Orient) ainsi que l’attestent de nombreux mariages princiers kyiviens avec des membres de dynasties régnantes en Occident ; c’était la conséquence des relations directes maintenues avec le Siège apostolique. Par exemple, quand Prince Iziaslav, successeur de Yaroslav le Sage, s’est trouvé en difficulté, il a demandé de l’aide au Pape Grégoire VII en 1075, sous forme de protection papale pour lui-même et pour son royaume. Cependant dans les siècles à venir, l’Église kyivienne, affiliée au patriarcat de Constantinople, sise aux confins des influences grecques et latines, perçoit – autant par Byzance que par ses voisins, Polonais catholiques, Lituaniens et peuples germaniques – la réalité de l’éloignement de la Rome ancienne et nouvelle. Cependant, cette expérience reste indirecte, et la dialectique théologique, ecclésiale et culturelle gréco-latine, bien que son influence ait été ressentie fortement en Rous’, n’était pas toujours entièrement comprise ou assimilée.

La principauté Souzdal’ et principautés de l’ouest. Quelques-uns des descendants du Riuryks se sont établis dans une région située au nord-est de l’Ukraine, entre la Volga et l’Oka, et ont créé un état séparé avec Souzdal’ pour capitale. En 1169 Prince Andrey Bogoliubskyi a attaqué et détruit Kyiv et est rentré sur son territoire septentrional. Cette date marque le commencement du déclin de Kyiv: d’abord Souzdal’, et ensuite Moscou, est devenu le centre du nouveau pouvoir politique appelé la Moscovie ou la Russie.

Dans la partie ouest de l’actuelle Ukraine s’est créé la principauté de Volodymyr ou la Volhynie (988-1379) et la principauté de Halych ou la Galicie (Halychyna) (1126-1371). Le Prince de Halych Danylo (1238-1264), ayant en vue une campagne contre les Tatars, a renforcé les liens avec Pape Innocent IV en 1243, qui l’a couronné roi en 1253.

Le métropolie de Halych. Les princes de Halych en Ukraine occidentale ont obtenu l’autorisation de Constantinople pour créer leur propre métropolie, qui a existé de 1303 à 1347. Ce privilège a aussi été obtenu par le roi polonais Casimir III en 1371, mais après la mort du métropolite Antoniy (1401), la métropolie de Halych n’avait plus son propre métropolite.

Le destin de la métropolie kyivienne. Entre-temps, Kyiv a été pris et a pillé par les Tartares en 1240, perdant de ce fait sa place dominante dans le monde slave oriental. En 1341 Casimir III a conquis la Galicie; la Volhynie et tout le territoire de la rive droite du Dnipro jusqu’à Kyiv ont été conquis par les Grands Princes lituaniens. En 1386 les dynasties de la Pologne et la Lituanie ont été réunies dans la personne du Grand Prince lituanien qui est aussi devenu roi de Pologne. Cette union a été renégociée en 1569 à Lublin résultant en un état uni, l’État polono-lituanien, fait qui avait des conséquences importantes pour l’évolution de la métropolie de Kyiv.

La juridiction de la métropolie de Kyiv s’étendait tout d’abord sur tout le territoire des Slaves orientaux. Après le sac de Kyiv en 1299 le métropolite Maksym a abandonné la ville pour s’installer au nord à Vladimir-sur-Kliazma, gardant, cependant, les mêmes juridiction et titre.

En 1308 Volodymyr, Prince de Volhynie, a envoyé l’archimandrite Petro à Constantinople pour obtenir un métropolie pour son domaine. Cependant, Petro a été nommé métropolite de Kyiv. En 1325 il a quitté Vladimir pour aller à Moscou. Le Grand Prince lituanien Olgherd (1341-1377), sur le territoire de qui Kyiv avait été situé à un moment donné, a insisté pour que Constantinople nomme l’un de ses propres candidats à ce trône. Selon que l’influence de la Lituanie ou celle de Moscou prime à Constantinople, l’on nommait respectivement tel ou autre candidat; ils résidaient soit à Moscou, soit à la frontière de la Grande Principauté lituanienne, mais leur juridiction s’étendait sur toute l’ancienne métropolie qui est restée uniforme et commune aux deux parties jusqu’en 1458.

Au 15e siècle le dernier Métropolite de Kyiv d’origine grecque, Isidor (1437-1458), a participé au Conseil de Florence et a soutenu l’Union, qui a été partiellement acceptée sur les territoires ukrainiens et biélorussiens de la Grande Principauté lituanienne mais a été catégoriquement rejetée à Moscou, où Isidor lui-même a été emprisonné, et ensuite autorisé à s’échapper. Moscou a proclamé l’autocéphalie et a élu son propre métropolite Ion en 1448, indépendamment de Constantinople. En 1458 Pape Calliste III a nommé son ami Grégoire, un moine gréco-catholique, comme successeur à Isidor, Métropolite de Kyiv. Les autorités polono-lituaniennes l’ont accepté, mais il a été repoussé par la Grande Principauté de Moscou dont les métropolites dès lors ont abandonné le titre kyivien et ont pris le nouveau titre de « Métropolite de Moscou et toute la Rous’ ». Donc l’ancienne métropolie de Kyiv a été divisée en deux de cette manière.

Dans le cadre du royaume polonais et de la Grande Principauté lituanienne, la métropolie de Kyiv sous la conduite du métropolite Grégoire (1458-1472) est restée par conséquent en communion avec le Siège apostolique, aussi bien que pendant le règne du métropolite suivant, Misail (1476-1480). Les rares sources contemporaines montrent qu’en la seconde moitié du 15e siècle les métropolites kyiviens, sans briser les liens avec Constantinople, ont essayé de maintenir ou de rétablir des relations avec le Siège apostolique. Ce genre d’initiative de la part des russyns (au moyen-âge tardif les sources latines ont ainsi nommé les peuples, langue, culture, église et territoire des Ukrainiens et Biélorussiens modernes) s’est terminé au début du 16e siècle quand il est devenu évident aux russyns que la papauté et à plus forte raison la hiérarchie latine en Lituanie et en Pologne considérait l’Union florentine comme nulle et non-advenue. Au 16e siècle la condition religieuse de la métropolie a décliné, n’étant pas capable de résister à l’usurpation de l’autorité séculière, l’invasion du protestantisme et du catholicisme déterminé de la contre-réforme, alors que le clergé était en triste état du fait de son bas niveau culturel. Après la chute de Constantinople en 1453, même le patriarcat de Constantinople est également entré dans une période prolongée de déclin et a montré son incapacité à représenter un soutient fort pour l’Église russyne en crise. Vers la fin du 16e siècle, la recherche pour une solution a mené vers la conclusion d’une Union avec l’église catholique.

Après l’union de Brest-Litovsk (1595-1596)

La décision à propos de l’Union a été prise par le métropolite Mykhayil Rahozha et par tous les évêques lors d’un synode l’été 1595, et elle a été coordonnée avec Rome en décembre 1595. L’Union a été ratifiée par le synode qui a eu lieu à Brest-Litovsk en 1596. À cette occasion, à l’exception du Métropolite de Kyiv et divers diocèses de Bélarus, ont été assemblés les évêques ukrainiens de Volhynie: Volodymyr, Kholm (Chelm) et Lutsk, mais les évêques de Galicie (Lviv et Peremychl/Przemysl) ont refusé de s’y joindre. L’Union avait un parcours très différent dans les régions orientales et occidentales. Cette union contestée a mené au martyre du pasteur infatigable, archevêque de Polotsk Josafat (Kuntsevych), vénéré par l’Eglise catholique le 12/25 novembre.

Plus particulièrement les Cosaques de la région de Kyiv (un mouvement ou classe socialo-militaire de gens libres, d’esclaves réfugiés et de serfs des steppes frontalières ukrainiennes) formulaient, en plus de leur exigence politique d’une Ukraine libre et indépendante, le désir de voir revenir la hiérarchie orthodoxe, considérant que l’Union était un phénomène polonais. Elle a été réintégrée en 1620 et le Métropolite a été installé à Kyiv. Le plus remarquable des métropolites orthodoxes était Petro Mohyla (1633-1647), qui a fondé une école de type occidental à Kyiv, devenue avec le temps la célèbre Académie Théologique, et qui a réformé la vie liturgique et ecclésiale de l’Église orthodoxe ukrainienne. Mais cette situation n’a pas duré très longtemps. Conformément au traité de paix d’Andrusiv (1667) entre la Pologne et la Moscovie qui a mis fin aux principales guerres cosaques, toute la rive gauche du Dnipro, y compris la ville de Kyiv, est passée à la Moscovie devenue la Russie moderne.

Entre-temps Moscou, devenu le centre du patriarcat, a voulu subordonner le métropolite de Kyiv sous sa juridiction; cependant le métropolite Sylvester Kossiv (1647-57) et ses successeurs se sont opposés à ces efforts jusqu’en 1685 où l’évêque orthodoxe de Lutsk en Volhynie, Hédéon Chetvertyns’kyi, a consenti à obéir au patriarcat de Moscou et a donc été nommé métropolite de Kyiv. À l’exception d’une courte période dans les 1920, l’Église orthodoxe en Ukraine a été sous juridiction de l’Église orthodoxe russe pendant trois siècles et a subi une forte influence culturelle russe.

Sur le territoire sous régime polonais l’évêque de Przemysl Innokentiy Vynnytskyi en 1692 s’est proclamé catholique ouvertement, comme l’a fait l’évêque de Lviv Jossyp Chumlians’kyi publiquement en 1700 (en privé depuis 1681). Enfin en 1702 l’évêque de Lutsk, Dionisiy Zhabokrytskyi a aussi rejoint l’Union. Le trône de Mstyslav avait été vacant depuis longtemps. Donc toute la hiérarchie de rite byzantin du royaume polonais est devenue catholique. Au 18e siècle, avant la partition de la Pologne, la métropolie de Kyiv unifiée comportait quelque 12 millions de fidèles, dont des Biélorussiens (au nord), et des Ukrainiens (au sud).

Du fait des partitions consécutives de l’État polono-lituanien (1772, 1793, 1795) la Galicie est passée sous régime autrichien, alors que les autres territoires ukrainiens étaient sous régime russe. La partie de l’Église unie qui était sur territoire russe a subi des pressions considérables au 19e siècle. Le gouvernement impérial a finalement aboli les diocèses biélorusses et vohlyniens en 1839.

Le diocèse de Chelm (Kholm) qui en 1795 faisait partie de l’Autriche, et ensuite en 1815 du « royaume polonais » sous domination russe, en 1829 a été séparé de la métropolie galicienne (cf. ci-dessous) et a été subordonné directement au Siège apostolique. Le dernier évêque catholique était Mykhaylo Kuzemskyi qui, n’étant pas capable de résister à la pression constante du gouvernement impérial, a laissé le trône en 1871 pour se rendre à Lviv. Le gouvernement impérial russe a alors nommé Marciliy Popel’ comme administrateur; il s’était déjà converti à l’orthodoxie et en 1875, ayant subi des mesures gouvernementales répressives, voulait subordonner son diocèse à l’Église orthodoxe russe. La résistance du clergé et des fidèles était longue et héroïque. Beaucoup de prêtres ont été bannis en Sibérie et beaucoup de fidèles ont préféré la mort plutôt que d’abandonner l’Église. Il n’y avait plus de prêtres de rite byzantin, et le clergé latin avait été sévèrement ordonné de ne pas accomplir leur ministère auprès d’Uniates. Plusieurs Jésuites de la province galicienne, ayant une autorisation particulière, ont mené un apostolat difficile et dangereux. Lorsqu’une liberté religieuse plus large a été accordée en 1905 (cependant l’interdiction de créer des communautés catholiques de rite byzantin-slavon n’avait pas été abolie), un grand nombre de fidèles s’est publiquement déclaré catholique de rite latin. D’autres allaient pouvoir revenir à l’Union dans la période entre 1918 et 1938, en gardant leur rite. C’est pour eux qu’en 1931 le Siège apostolique a nommé un visiteur apostolique en la personne de l’évêque rédemptoriste Mykola Charnets’kyi (1884-1959). En 1945 la Volhynie a été occupée par l’Union Soviétique, à l’exception de la ville de Kholm et des territoires restés sous régime polonais.

L’Église en Galicie. Le destin confessionnel des Ukrainiens de Galicie depuis 1772 sous domination autrichienne était considérablement meilleur. Quand la métropolie unie de Kyiv sous domination russe a été abolie en 1806, le Siège apostolique a restauré la métropolie de Galicie en 1807 avec son centre à Lviv pour les territoires sous régime autrichien. En plus du diocèse Lviv, elle comportait les diocèses de Przemysl et Chelm (finalement séparé en 1829), avec le temps (1885) le diocèse de Stanyslaviv (aujourd’hui Ivano-Frankivs’k) et en 1934 le gouvernement apostolique de Lemkivchtchyna. La situation politique des Ukrainiens en Galicie s’est aussi améliorée. À l’Université de Lviv, en plus de la section polonaise, une section ukrainienne a été fondée (connue alors sous le nom de russyn). Le 16 juin, 1856 le Pape Pie IX a élevé le métropolite de Lviv Mykhaylo Levyts’kyi (†1858) à la dignité de cardinal; il est donc devenu le premier cardinal oriental depuis l’époque de Vissarion et Isidor. Le 29 novembre 1895 Léon XXIII a également nommé le métropolite Sylvester Sembratovych († 1898) cardinal.

Confesseurs du 20e siècle

Pour comprendre l’évolution contemporaine de la vie religieuse en Ukraine, y compris celle de l’Église gréco-catholique, il est important de se rendre compte de la tragédie du 20e siècle : une histoire de terreur et traumatismes qui faisaient partie de persécutions religieuses délibérées. Au 20e siècle en Ukraine, approximativement 17 millions de personnes sont mortes de morts violentes ou anormales. Deux guerres mondiales avec leurs victimes, la violence contre les civils, le génocide; la famine après la Première Guerre mondiale et la diabolique famine artificielle de 1933; sous Staline, les répressions systématiques de chefs politiques, de membres du parti communiste, de l’intelligentsia, de leaders religieux, d’officiers de l’armée, et même de musiciens folkloriques qui ont commencé à la fin des années 1920 et ont duré jusqu’à Seconde Guerre mondiale; les migrations obligatoires des populations et les expulsions des années d’après-guerre ont aussi levé un lourd tribut de mort et de souffrance. Cette brutalité fait partie de l’histoire personnelle de chaque Ukrainien. Etant donné qu’en Union soviétique il était impossible de parler de cette cruauté publiquement ou même dans les conversations privées, cette tragédie reste inconnue, les morts ne sont pas pleurés, la violence et l’injustice ne sont pas pardonnées, le traumatisme psychologique et spirituel n’est pas guéri. Les conséquences sociologiques, psychologiques et spirituelles de ces événements historiques et leur perception par la population ukrainienne ont été à peine mentionnées par les chercheurs. En abordant les problèmes et la lutte, les conflits et l’unité sociale insuffisante en Ukraine, il est toujours indispensable de se souvenir de l’héritage de la violence totalitaire contemporaine. La période soviétique de l’histoire ukrainienne est la conséquence d’une tentative consciente et voulue pour profaner et détruire la religion, pour affaiblir, et finalement absolument détruire le sentiment religieux. En dépit de leur brutalité, ces mesures étaient très réussies. L’Union soviétique a assigné des fonds considérables à l’éducation idéologique dans les écoles, les universités et sur les lieux de travail. Les catholiques, les orthodoxes, et toutes les autres confessions religieuses ont été systématiquement persécutées, obligées à la clandestinité ou détruites. Les activités des communautés religieuses qui ont survécu étaient restreintes pendant plusieurs décennies. Les générations suivantes ont été privées de liberté religieuse, et le résultat fut une décadence des traditions centenaires de la foi.

Métropolite Andrey Cheptyts’kyi (1900-1944). A l’époque moderne, parmi les métropolites galiciens le Serviteur de Dieu Andrey Cheptyts’kyi (†1944) se distingue par une aura particulière. Sa direction spirituelle a aidé l’Église gréco-catholique à se préparer pour survivre dans des conditions de répression et de persécution. Il est né en 1865 dans une famille d’origine ukrainienne qui avait donné deux métropolites et deux évêques à l’Église unie au 18e siècle, mais qui s’était polonisée au 19e siècle. Ayant fait de brillantes études de droit, et souhaitant revenir au rite de ses ancêtres, en 1888 il est entré chez les moines basiliens que Léon XIII venaient de réformer. Ordonné prêtre en 1892, il a exercé son ministère pendant plusieurs années. En 1899 il a été nommé évêque de Stanyslaviv, et en 1900, métropolite de la Galicie et archevêque de Lviv. En 1914-1917, le métropolite Andrey a été emprisonné par les autorités impériales et exilé au fin fond de la Russie pour la presque totalité de la Première Guerre mondiale. Après la guerre, le gouvernement de la nouvelle la Pologne a créé des obstacles pendant plusieurs années à ce qu’il réintègre son trône.

Parmi le grand nombre de réalisations significatives du métropolite Andrey pendant son ministère était la création de l’Académie théologique dans la perspective de sa transformation en une université catholique; le Musée national; la fondation de l’ordre des moines studites et d’un hôpital national. Il était très attaché à la tradition orientale (restauration de la liturgie); son apostolat uniate était étendu et de grande envergure (il a protégé les catholiques russes, soutenu les réunions de Velehrad, propagé l’idée de l’Union dans l’Ouest). Son autorité était si immense non seulement parmi les catholiques ukrainiens, mais aussi parmi les orthodoxes qu’il a été considéré comme le véritable père du peuple ukrainien. Cet être humain magnanime, doué de vertus extraordinaires et de charismes mystiques, éprouvé par le sacrifice, a été le témoin d’une double occupation de son diocèse par les autorités soviétiques à la fin de sa vie, en 1940-41 et en 1944. Pendant l’occupation nazie il a secouru des centaines de Juifs. Il est décédé le 1er novembre 1944 loin. La cause de sa béatification est en cours d’examen.

Vie dans les catacombes. Après la mort de Cheptyts’kyi, son trône est allé au métropolite Jossyp Slipyi (1892-1984), premier recteur de l’Académie théologique (1928-44) à l’époque évêque-coadutateur avec droit de succession. Très bientôt les poursuites violentes ont commencé, et le 11 avril 1945 le métropolite et son auxiliaire Mykyta Budka (1877-1949), l’évêque de Stanyslaviv Hryhoriy Khomychyn (1867-1947) et son auxiliaire Ivan Lyatychevsk’kyi (1879-1957), le visiteur apostolique pour la Volhynie Mykola Tcharnets’kyi et le visiteur apostolique pour les Ukrainiens d’Allemagne Petro Verhun ont été arrêtés, expulsés et condamnés aux camps de travaux forcés en Sibérie et ailleurs. L’évêque de Przemysl Josaphat Kotsylovs’kyi (1876-1947) et son auxiliaire Hryhoriy Lakota (1883-1947) ont été arrêtés pour la première fois le 19 septembre 1945, relâchés en janvier, et à nouveau arrêtés le 25 juin 1946, remis à l’Union soviétique pour extradition (Przemysl est resté en territoire polonais), et par la suite expulsés en URSS et condamnés. Les autorités soviétiques ont formellement liquidé l’Église gréco-catholique d’Ukraine. Pendant le Concile de la Réunification illégal qui a été tenu à Lviv le 8 – 10 mars 1946, l’Union avec Rome fut abolie et la métropolie galicienne tout entière a été subordonnée au patriarche de Moscou. La cathédrale St. Georges est devenue le trône de l’archevêque orthodoxe russe Makariy. Deux prêtres ont été ordonnés par des évêques qui s’étaient soumis à la pression des Soviétiques (Mel’nyk, Pel’vets’kyi) pour les diocèses de Stanyslaviv et Drohobytch. Les prêtres qui sont restés fidèles ont été pour la plupart condamnés à des camps de travaux forcés. Le faux synode de 1946 a marqué le commencement de la période des catacombes de l’Église gréco-catholique ukrainienne qui, jusqu’en 1989, était la plus grande Église chrétienne persécutée du monde. Tous les évêques déjà mentionnés sont morts dans les prisons, les camps de concentration, l’exil interne, ou peu après leur libération pendant le dégel post-stalinien. L’exception était le métropolite Jossyp Slipyi qui, après 18 années d’emprisonnement et de persécutions, a été libéré grâce à l’intervention de Pape Jean XXIII, et est arrivé à Rome le 9 février 1963. Le 29 décembre 1963 il a reçu le titre d’Archevêque-majeur de Lviv, et pendant le consistoire du 22 février 1965 il est devenu cardinal. Slipyi, théologien remarquable et confesseur de la foi, dans son exil occidental est devenu une voix vigoureuse de « l’Église du silence ». Après Vatican II, il a soutenu la restauration des traditions orientales de l’Église par la diaspora, a fondé l’Université catholique ukrainienne à Rome, consolidé des diocèses dans l’ouest et dirigé le mouvement pour la reconnaissance du patriarcat de l’Église gréco-catholique ukrainienne. Après sa mort en 1984 son successeur était Myroslav Ivan Lubachivskyi, nommé cardinal en 1985.

La première décennie après la liquidation officielle de l’Église gréco-catholique ukrainienne a été caractérisée par des persécutions implacables de la communauté, qui a été contrainte à la clandestinité. Après la mort de Staline en 1953, les ecclésiastiques condamnés survivants ont été autorisés à revenir de l’exil sibérien en Ukraine occidentale à la discrétion des autorités politiques, ce qui a soutenu le développement de l’Église clandestine. La succession épiscopale a été préservée, une nouvelle génération de prêtres clandestins a été instruite dans des séminaires clandestins, et les communautés religieuses ont adopté leur style de vie à la situation. L’Église clandestine pouvait maintenir son intégrité et sa continuité grâce à son courage moral et sa pratique pastorale novatrice. La veille de son retour d’exil en 1963, le métropolite Slipyi a ordonné le prêtre rédemptoriste Vassyl Velychkovskyi (1903-1973) évêque et aussi l’a nommé son locum tenens; à son tour, il a transmis ses responsabilités archiépiscopales à Volodymyr Sterniuk (1907-97) en 1972.

Avec le début de la perestroïka, l’Église gréco-catholique ukrainienne a commencé à émerger de la clandestinité. De nombreuses attaques des autorités et la polémique difficile de l’Église orthodoxe – laquelle entre 1989 et 1992 a été divisée d’abord en deux, et ensuite en trois juridictions – n’a pas empêché l’adhésion spontanée de la majorité des Ukrainiens de l’ouest à l’Église gréco-catholique. Lorsque d’impressionnantes démonstrations ont montré que le mouvement pour la légalisation de l’Église gréco-catholique ukrainienne ne pouvait pas être éradiqué, fin novembre 1989 les autorités soviétiques ont reconnu l’existence des communautés gréco-catholiques. Dans les mois suivants, des centaines de paroisses et de prêtres orthodoxes ont déclaré leur passage à l’Église gréco-catholique ukrainienne dans les territoires de sa présence traditionnelle.

La hiérarchie consistant en des dizaines d’évêques secrètement ordonnés a immédiatement renouvelé son ministère, les institutions de l’église et l’apostolat éducatif, social et culturel. Le dimanche des Rameaux 1991 le chef de l’Église, le cardinal Lubachivs’kyi, revenu d’exil, a réintégré son trône. Cette même année l’indépendance d’Ukraine a été proclamée (le 24 août) et ratifiée lors d’un impressionnant référendum (le 1er décembre). Au 20 avril, 1993 quatre nouveaux diocèses ont été créés: Kolomyia-Tchernivtsi, Sambir-Drohobytch, Ternopil’ et Zboriv. En 1994 l’Académie théologique de Lviv a été rouverte comme la pierre d’angle de la future université catholique. En 1996 l’exarchat de Kyiv-Vyshhorod pour l’Ukraine centrale et orientale a été fondé. Le 14 octobre 1996, prenant en considération l’âge avancé du cardinal Lubachivs’kyi, le Synode de l’Église gréco-catholique ukrainienne a nommé Mgr Lubomyr Husar comme évêque-assistant avec délégation de pouvoirs ordinaires.

Pour comprendre la vie religieuse dans l’Ukraine indépendante et contemporaine, il est important de se concentrer sur le contexte immédiat de la fin des années 80 et le commencement des années 90. Après la perestroïka et une période de renaissance, est intervenue une libéralisation rapide dans tous les domaines, ainsi que des changements culturels et idéologiques rapides. La dépressurisation psychologique, une chute de tension, a créé une atmosphère d’excitation. Une transition euphorique vers une dimension pluraliste a caractérisé chaque aspect de la vie ukrainienne. Cela a apporté une ouverture à l’égard de l’Occident, l’insertion dans les processus universels de globalisation à travers les mass média, la culture pop (en particulier la populaire musique rock), un monde d’impression et d’image. La venue d’une immédiate domination du commerce mondial a été annoncée par un afflux rapide de corporations multinationales les plus puissantes et connues.

L’euphorie, l’excitation et la frustration sociale et culturelle nées des nouvelles libertés, découvertes, et possibilités attendent encore leur évaluation exhaustive. Les fluctuations extraordinaires et les juxtapositions caractéristiques du développement transitionnel sont considérables. L’éventail entier de valeurs et facteurs postmodernes a commencé soudain à être diffusé dans société ukrainienne qui, dans son ensemble, ne les avait pas connus auparavant.

Tous ces facteurs, la tradition historique, le traumatisme et la terreur du 20e siècle, les persécutions religieuses, les changements rapides, la création du nouvel état, les calamités sociales et économiques de l’Ukraine transitionnelle constituent les conditions dans lesquelles la vie religieuse s’est développée ces dernières années. Ils ont créé un champ pour des attentes et de grands espoirs, mais aussi pour une panique et un effroi inexprimables.

Aujourd’hui l’Église gréco-catholique d’Ukraine a 15 évêques et près de 2200 prêtres, 750 moines et 1100 religieuses, 3000 églises et 5 millions de fidèles.

Les Ukrainiens à l’étranger

L’émigration ukrainienne a eu lieu en trois vagues majeures: de 1880 à 1914, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, et après la désintégration de l’Union soviétique. La première vague d’émigration est venue presque exclusivement d’Ukraine occidentale : c’est pourquoi la très grande majorité d’émigrants étaient des catholiques. La seconde et troisième vagues d’émigration viennent de toutes les parties de l’Ukraine.

États-Unis. Les Ukrainiens de Galicie, Transcarpatie et Bucovine qui ont massivement immigré en Amérique à commencer en 1880 se sont installés principalement en Pennsylvanie. Attaché à leur rite et ne connaissant pas du tout l’anglais, ils ont bientôt demandé que des prêtres leur soient envoyés du pays. Le premier prêtre catholique ukrainien était Ivan Volans’kyi, arrivé aux USA en 1884. La première paroisse a été fondée cette même année à Shenandoah en Pennsylvanie et en 1885 la première église de rite orientale des USA y a été construite. Dès lors le nombre de paroisses a augmenté; les nombreux prêtres sont arrivés pour exercer leur ministère auprès de leurs compatriotes. Leur mission a été régie par des décrets appropriés de la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide daté du 1er octobre 1890, du 12 avril 1894, du 1er mai 1897, et en particulier par la bulle Ea semper datée du 14 juin 1907.

Au début du 20e siècle l’on débattait la question de la nomination d’un évêque du rite byzantin-slave pour ces immigrés qui étaient au nombre de 250 000 en 1900. Cette question était d’autant plus urgente du fait que l’Église orthodoxe russe aux Etats-Unis avait toute une organisation ecclésiale dirigée par un métropolite qui en 1905 avait quitté son trône de San Francisco pour se rendre à New York. Cette hiérarchie orthodoxe était plus particulièrement attirante à cause de l’interdiction faite [par Rome] aux prêtres gréco-catholiques mariés; dès la première décennie du 20e siècle des centaines de paroisses et des milliers de fidèles ont rejoint l’Église orthodoxe. Pour résoudre toutes ces difficultés, en 1907 le Saint Siège a nommé un premier évêque dans la personne de Soter Ortyns’kyi de l’ordre basilien de St. Josaphat, toutefois sans la juridiction habituelle.

Tenant compte des difficultés qui sont survenues du fait de la hiérarchie latine, en 1913 le Saint Siège a créé un Exarchat apostolique basé à Philadelphie et dirigé par Ortyns’kyi jusqu’à sa mort le 28 mars 1916.

Entre temps plusieurs difficultés et frictions sont survenues parmi les fidèles de Galicie et de Transcarpatie (alors sous la Hongrie), et après la mort d’Ortyns’kyi, deux administrateurs apostoliques ont été nommés, un pour chaque groupe (Petro Ponyatyshyn pour les Ukrainiens), et cette division est devenue définitive quand deux Exarchats apostoliques distincts ont été établis, le premier pour “les fidèles de Transcarpatie” avec son centre à Pittsburgh, Pennsylvanie, et le seconde “pour les fidèles de Galicie” qui a gardé son trône à Philadelphie.

L’immigration de l’après-guerre a considérablement augmenté le nombre de fidèles dans le diocèse de Philadelphie; par conséquent en 1956 le Saint Siège a autorisé la création d’un autre diocèse à Stamford, Connecticut. Le 12 juillet 1958 la communauté ukrainienne des États-Unis a reçu le statut du metropolinat avec son centre à Philadelphie, Pennsylvanie et un diocèse auxiliaire à Stamford, Connecticut. Avec la division de Philadelphie, le diocèse de St. Nicolas a été créé le 14 août 1961 à Chicago. Un quatrième diocèse a été créé le 5 décembre 1983 à Parma, Ohio.

Pendant ce temps les Ukrainiens du Canada, pour la plupart abandonnés à eux-mêmes, sont devenus une proie facile pour le prosélytisme orthodoxe russe et presbytérien, et plus tard pour un propagandiste nommé Svystun qui a créé son propre mouvement religieux. Pour fournir une aide spirituelle appropriée aux immigrés au Canada, en 1912 le Saint Siège a créé un Exarchat apostolique avec son centre à Winnipeg. Le premier évêque était Mykyta Budka (il a renoncé en 1927; il est mort martyr dans les prisons Soviétiques en 1949).

Prenant en considération les distances considérables et l’augmentation dans le nombre des fidèles, en 1948 le diocèse de Winnipeg a été divisé en trois, et en 1951 un quatrième a été ajouté.

Finalement la communauté ukrainienne canadienne a reçu le statut du metropolinat avec des centres à Winnipeg le 3 novembre 1956, et des diocèses annexes à Edmonton, Saskatoon et Toronto. Le 27 janvier 1974 un cinquième diocèse a été créé à New Westminster.

Brésil. L’émigration ukrainienne de Galicie au Brésil a commencé en 1892, mais la plupart les immigrés sont arrivés après 1895. Ils se sont installés dans les provinces intérieures, Parana et Santa Caterina, travaillant principalement dans l’agriculture. Le premier prêtre ukrainien arrivé au Brésil en 1897 était le Père Nikon Rozdol’skyi qui a construit trois églises sur plusieurs années. La même année, le Basilien Sylvester Kizyma s’est installé à Prudentopolis. Alors les autres moines basiliens sont venus, aussi bien que les S·urs servantes de l’Immaculée (1911).

Le 14 novembre 1951 le Saint Siège a créé un Ordinariat pluririte pour les catholiques orientaux de ce pays. Depuis 1958, l’Ordinaire a été aidé par un évêque auxiliaire pour la communauté ukrainienne, le Basilien Yossyf Martenets. Le 30 mai 1962 cette communauté ukrainienne est séparée de l’Ordinariat et reçoit le statut d’Exarchat apostolique sous la conduite du même évêque devenu exarque. Le centre de l’Exarchat a été établi à Curitiba, état fédéral de Parana. En 10 ans, prenant en considération le développement réussi de cette communauté, le Saint Siège a élevé l’Exarchat au statut diocésain sous le nom St. Jean-Baptiste, Diocèse de Curitiba pour les Ukrainiens sous la direction du même l’exarque. Ce sont surtout les prêtres basiliens qui assurent service pastoral à ce jour.

Argentine. Les Ukrainiens ont immigré en Argentine entre 1898 et 1905, originaires presque exclusivement de la région Butchanskyi de Galicie. Le premier prêtre ukrainien d’Argentine était le moine basilien, Klymentiy Bzhukhovskyi, venu en 1909 de Brésil. Alors d’autres Basiliens sont venus, qui durant plusieurs décennies, avec les s·urs basiliennes, étaient les seuls à s’occuper des Ukrainiens. En 1959 un Ordinariat pluririte a été créé où les Ukrainiens constituaient le groupe le plus nombreux. En 1961 le Salesian ukrainien Andriy Sapelyak a été nommé évêque auxiliaire auprès du Visiteur ordinaire et apostolique pour les Ukrainiens. En 1968 un Exarchat apostolique a été créé pour eux, dirigé par ce même évêque comme exarque.

Australie. Les Ukrainiens se sont installés en Australie après la Deuxième Guerre mondiale, en particulier en 1947-1950. En 1970 ils étaient 37 000, 22 000 catholiques et 15 000 orthodoxes. Le 10 mai 1958 le Saint Siège créé un Exarchat apostolique pour les catholiques, y compris la Nouvelle Zélande et l’Océanie; le premier exarque nommé était l’évêque Ivan Prachka. Dans la Constitution apostolique sur ce sujet, le centre de l’Exarchat devait être Sydney, mais sur la demande de Prashka et par décret de la Sacrée Congrégation des Églises d’Orient (en date du 12 décembre 1958) le centre est devenu Melbourne.

Europe occidentale. L’émigration ukrainienne à ces pays est aussi plutôt récente, et date plus particulièrement de la période de l’après-guerre. Pour fournir de l’aide aux réfugiés ukrainiens d’Europe occidentale, en 1946 le Saint Siège a nommé l’Archevêque Ivan Butchko comme Visiteur apostolique avec les pouvoirs d’Administrateur apostolique.

Quand cette communauté a été consolidée, trois Exarchats apostoliques ont été créés: l’Exarchat d’Angleterre et du pays de Galles en 1957, ensuite modifié en 1967 (comprenant Écosse) et appelé Exarchat de Grande-Bretagne; en 1958, l’Exarchat d’Allemagne; et en 1960, l’Exarchat de France qui avait également juridiction sur les Ukrainiens dans les autres pays d’Europe occidentale. La crise économique en Ukraine des années 1990 a engendré une nouvelle vague d’immigration (au nombre de 200 000 personnes seulement en Italie). les structures de l’Église commencent seulement à chercher des moyens pour répondre aux besoins pastoraux créés par ces processus post-soviétiques.

Conclusion

Il est trop tôt pour pouvoir dire aujourd’hui comment l’Église gréco-catholique évoluera. La condition clé pour un développement religieux fructueux est la présence de chefs spirituels inspirés qui sont capable d’une vision de grande envergure. Il faut des générations pour que de tels chefs spirituels puissent apparaître. La société ukrainienne du 20e siècle en a eu une part généreuse ; à travers les labyrinthes tordus de cette période historique, l’Église gréco-catholique a été conduite par des hiérarques remarquables: le métropolite Andrey Cheptyts’kyi, le métropolite Jossyp Slipyi ainsi que toute une cohorte d’évêques-martyres et confesseurs de la foi qui se sont identifiés à l’Église de manière intransigeante et qui ont servi la communauté pendant un demi-siècle d’activité clandestine.

Quel est le rôle d’organisations religieuses, de communautés, d’établissements académiques et d’individus qui sont à l’extérieur de l’Ukraine?

Nous sommes tous appelés à la solidarité dans la prière avec les chrétiens d’Ukraine. La prière guérit les blessures, comble les abîmes et adoucit les difficultés. La solidarité morale peut entraîner une aide matérielle. La meilleure destination à cette aide matérielle est les institutions pédagogiques. Investir dans la formation des leaders dans le domaine religieux, aussi bien que dans d’autres sphères, sera un grand avantage pour la renaissance et la réforme en Ukraine.

Cette courte esquisse de l’Église gréco-catholique en Ukraine indépendante avait pour but d’accentuer quelques-uns des phénomènes principaux de l’expérience religieuse de l’Ukraine contemporaine. Une vue d’ensemble du contexte historique et culturel est utile pour comprendre les origines, les conditions et les perspectives de la situation religieuse en Ukraine au commencement du troisième siècle. Nous espérons que cette compréhension aidera l’Église de gréco-catholique ukrainienne à partager son riche héritage – tout d’abord son héritage le plus récent de martyre qui témoigne de la vérité de la Résurrection – avec la communauté chrétienne.

Bibliographie

La bibliographie la plus exhaustive sur l’histoire de l’Église ukrainienne se trouve dans les travaux d’Isydor Patrylo, Sources et Bibliographie sur l’Histoire de l’Église ukrainienne, 3 volumes, Rome, 1975, 1988, 1995 (= Analecta OSBM série 2, sec. 1, 33, 46).

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