Si la situation en Ukraine reste « compliquée », le métropolite espère que « quelle que soit la décision qui sera prise au sujet de l’Eglise d’Ukraine, elle sera le résultat de discussions approfondies entre deux Patriarcats – celui de Moscou et celui de Constantinople ».
Le métropolite Kallistos Ware est l’un des hiérarques et des théologiens orthodoxes les plus connus et les plus compétents de notre époque. Il est très souvent invité à participer à différents colloques scientifiques et théologiques. Après sa conversion dans sa jeunesse, de l’anglicanisme il passe donc à l’orthodoxie. Mgr Kallistos exerce son ministère au cœur même de la science anglaise, qui est l’université d’Oxford. Il est l’auteur de quelques ouvrages sur l’Orthodoxie, qui sont largement connus en Occident et dans lesquels, à l’aide d’un langage simple et claire, il ouvre au lecteur occidental le monde magnifique de la foi orthodoxe et de l’expérience spirituelle de l’Eglise Orientale. Au printemps 2007 le Saint Synode du Patriarcat de Constantinople, auquel appartient Mgr Kallistos, l’a élevé au rang de métropolite.
Le métropolite Kallistos est membre permanent de différents forums chrétiens. En 2007, il a participé, à Ravenne au travail de la Commission mixte internationale pour le dialogue entre l’Eglise Catholique et les Eglises Orthodoxes. Il a fait une intervention à la Conférence théologique synodale de l’Eglise Orthodoxe Russe, consacrée à la doctrine de l’Eglise sur les sacrements. Il participe souvent aux conférences organisées entre « orthodoxes – catholiques » non formelles « Orientale Lumen ». Il y a quelques années, Mgr Kallistos est venu à Kyiv pour participer à l’« Ouspenskie tchtenia ».
Notre conversation avec Mgr Kallistos, a eu lieu pendant l’été 2007, dans l’ancienne Constantinople, l’actuel Istanbul, où se sont entrelacées l’Antiquité byzantine, l’époque Ottomane et la culture séculière. Notre conversation a surtout porté sur les questions de l’unité ecclésiale.
- Votre Excellence, quelles sont aujourd’hui les perspectives d’un dialogue œcuménique ? La plupart des Eglises Orthodoxes continue à participer aux travaux du Conseil Œcuménique des Eglises, mais après plusieurs années de discussions, l’unité n’est toujours pas atteinte. Les participants aux discussions semblent ne pas voir jusqu’à présent de modèle réel d’unité. Faut-il poursuivre le dialogue œcuménique et si oui pourquoi ?
- Tout d’abord, à mon sens, nous devons distinguer différents types de dialogue. Du point de vue orthodoxe, le dialogue le plus prometteur est le dialogue avec les Eglises Orthodoxes Orientales, ou non chalcédoniennes, que nous avons l’habitude d’appeler « monophysites » quoique ce terme devrait être évité. Je crois que dans cette question il n’y a pas de difficulté dogmatique significative. En effet, dans les discussions qui se sont déroulées dans les années 1990, les représentants des deux familles, de ces Eglises, sont arrivés à la conclusion suivante, que l’on était parvenu à se mettre d’accord sur les questions fondamentales et que la communion pouvait être rétablie. Mais, jusqu’à ce jour, la communion n’est toujours pas rétablie, en raison de l’opposition de certaines personnes. Du côté orthodoxe, le refus vient des moines du mont Athos, ainsi que de certains professeurs de l’Université d’Athos. Du côté non chalcédonien, il y a aussi des contestations. Donc, on voit bien que cette question aura, à l’avenir, besoin d’être approfondie. Toutefois, je pense que nous sommes parvenus à un accord sur une question très importante, à savoir celle de la christologie. Il reste d’autres questions en suspens, telles que le nombre de Conciles œcuméniques etc. C’est pourquoi je pense, que le dialogue le plus prometteur est celui avec les Eglises Orientales, et je pense que nous devons faire avancer la perspective du rétablissement de la communion.
Si l’on se tourne vers les Eglises d’Occident, la question est plus problématique. Je suis heureux que nous ayons poursuivi, en 2006, le dialogue avec l’Eglise Catholique Romaine, mais nous n’avons pas encore abordé le problème le plus compliqué qui est : la primauté, ainsi que l’infaillibilité du Pape. Nous sommes en train de préparer un document sur la conciliarité des évêques, la primauté originaire et la primauté du patriarche. Je pense que ce document sera prêt pour notre rencontre prévue en octobre. (La Commission mixte internationale pour le dialogue entre l’Eglise Catholique et les Eglises Orientales a travaillé à Ravenne (Italie) du 8 au 13 octobre 2007. – Réd.) Nous devons commencer par aborder un problème réel, qui est celui de la position de l’Eglise Catholique Romaine dans le monde chrétien. Je ne pense pas qu’il soit facile de parvenir à un accord, mais je suis sûr qu’ensemble, nous devons en parler.
Pour ce qui est du dialogue avec l’Eglise anglicane, Je ne suis pas optimiste de ce côté là. Nous avons bien eu des discussions théologiques, mais je ne vois aucune perspective d’unité. En effet, les différences n’ont fait que s’accroître entre nous. Aujourd’hui nous sommes en présence, non seulement du problème de l’ordination des femmes, mais aussi de celui de certaines communautés anglicane qui bénissent des mariages homosexuels. Tout cela est inacceptable pour les orthodoxes, mais nous devons nous rappeler que, même si la perspective de parvenir à une unité avec l’Eglise anglicane en général reste minime, certains anglicans – évêques, membres du clergé et laïcs – sont très proches de l’orthodoxie du point de vue théologique. Ils appartiennent à une tradition que l’on appelle celle de la « Haute Eglise » ou encore « Anglos catholiques ». Nous avons, parmi les anglicans, des amis qui aiment et qui respectent l’Eglise Orthodoxe. C’est pourquoi, bien que nous, orthodoxes, nous ne puissions pas nous attendre à une unité totale avec l’Eglise Anglicane, nous devons soutenir et inspirer les anglicans, qui sont des amis de l’Orthodoxie.
En ce qui concerne les Eglises protestantes, je trouve que la perspective de l’unité est encore très éloignée, cela tient surtout au fait, qu’elles n’ont pas d’épiscopat. Mais même dans ce cas, les discussions théologiques doivent nous apprendre des choses. Je voudrais souligner que nous, orthodoxes, nous devons bien sûr témoigner la foi orthodoxe, qui est la foi de l’unique vraie Eglise du Christ : l’Eglise Orthodoxe. Ainsi, nous participons au dialogue afin de témoigner notre orthodoxie, mais nous devons aussi être là pour écouter. Nous devons nous mettre à l’écoute des questions des chrétiens occidentaux et de leurs problèmes, parce que dans 20 ou 30 ans nous pourrions rencontrer les mêmes problèmes dans le monde orthodoxe. Nous sommes forcés de constater, que le matérialisme occidental se répand, dans les pays de traditions orthodoxes, nous, orthodoxes, nous devons défendre notre vision. Nous pouvons étudier l’expérience des chrétiens occidentaux. En écoutant ces chrétiens occidentaux, nous pouvons mieux comprendre l’orthodoxie. C’est pourquoi j’essaie de continuer le dialogue même si, comme je vous l’ai déjà fait remarquer, nous ne pouvons attendre des résultats concrets, que du dialogue avec les Eglises Orientales.
En ce qui concerne le Conseil Œcuménique des Eglises, je suis très réservé à son sujet. Je ne pense pas que cela vaille la peine de participer à de très larges réunions œcuméniques. Par contre, il est de notre intérêt de prendre part à quelque chose de positif, c’est-à-dire, en participant à de plus petites réunions sur des sujets bien précis, notamment, dans la Commission « Foi et Constitution ». Mais à nouveau, je le répète, nous, orthodoxes, nous devons y participer. On n’obtient rien par notre absence. Nous, orthodoxes, nous devons participer et proposer une expression positive de notre foi.
- Nous cherchons l’unité, entre chrétiens orientaux et occidentaux, alors que nos Eglises Orthodoxes locales sont aussi en quelque sorte divisées entre elles. Il n’y a pas d’accord entre nous, par exemple, sur la façon de présenter l’autocéphalie : « Est-ce qu’une Eglise locale peut donner l’autocéphalie à l’une de ses composantes, ou bien est-ce une prérogative réservée à Constantinople ou aux anciens Patriarcats d’Orient ? Pensez-vous qu’en ce moment, nous ayons besoin d’un dialogue inter-orthodoxe ?
- Pour nous, orthodoxes, il est plus important de se parler, entre nous, plutôt qu’avec d’autres chrétiens. Nous avons vraiment besoin d’approfondir le dialogue entre orthodoxes. C’est pourquoi, j’espère que les conférences panorthodoxes qui ont commencé en 1961 – la première ayant eu lieu à Rhodes, puis à Chambésy, Suisse – peuvent être renouvelées. Il y a deux questions sur lesquelles les chrétiens orthodoxes devraient discuter.
La première question, est le problème que vous avez évoqué, ou plus largement – l’organisation des églises orthodoxes dans le monde occidental. Je n’emploie pas le terme de « diaspora ». La « diaspora » concerne les personnes qui sont temporairement parties dans un autre pays, de façon forcée ou librement, mais qui désirent revenir dans leur patrie. Mais la plupart des orthodoxes dans le monde occidental ne le sont plus, ils se sont fixés en Occident etc. Nous devons donc tendre à ce qu’en chaque endroit où les orthodoxes sont présents, apparaissent des églises orthodoxes locales. C’est de cela que nous devons parler en premier lieu. Il faut étudier quel rôle l’Eglise mère doit jouer dans ce processus et quel doit être le rôle du Patriarcat Œcuménique.
La deuxième question dont nous, orthodoxes, devons discuter tous ensemble, est notre attitude envers la notion d’« autres chrétiens ». Certains orthodoxes sont déjà favorables à rétablir la communion dans les sacrements avec les catholiques romains ; d’autres orthodoxes les rebaptisent tout comme les autres convertis appartenant à d’autres confessions. Ainsi, il existe un large spectre d’opinions au sujet de la position des chrétiens non orthodoxes. Je vais citer un exemple : l’Eglise Russe a accueilli, dans le passé, des catholiques romains sans onction, simplement par la confession de la foi. D’autre part, le Patriarcat Œcuménique et l’Eglise de Grèce ont accueilli des catholiques romains par l’onction avec le saint chrême. Mais certains groupes au sein de l’Eglise Orthodoxe, par exemple au mont d’Athos, insistent sur le fait que les catholiques romains ainsi que tous les autres qui viennent d’autres confessions, doivent être accueillis par le baptême. Donc nous, chrétiens orthodoxes, devons discuter de tout cela et essayer de parvenir à un accord mutuel au sujet de ces questions et d’autres questions liées à l’unité des chrétiens.
Il existe des orthodoxes qui participent à des célébrations communes avec les catholiques romains et qui portent même les vêtements sacerdotaux, bien qu’ils ne communient pas pendant ces célébrations. D’autres viennent à ces célébrations, mais ne portent pas de vêtements liturgiques. D’autres encore disent, que nous ne devons pas prier ensemble, avec des personnes appartenant à d’autres confessions. C’est pourquoi, je trouve que nous devons élaborer des principes de l’attitude à adopter envers les autres chrétiens qui ne concerneraient pas obligatoirement le côté pratique, mais qui seraient à la base de notre attitude envers eux en général.
Telles sont les deux questions fondamentales dont nous, orthodoxes, devons discuter ensemble. Je sens que nous devons y prêter de nouveau attention. Ce sont des questions très difficiles et il n’y a pas de réponses univoques à ces questions, mais sans aucun doute nous devons mieux comprendre le point de vue de l’un et de l’autre.
- Certaines personnes affirment même, que des chrétiens de différentes confessions ou de dénominations, ne peuvent pas réciter ensemble le « Notre Père » par exemple, autour d’une table entre amis. La raison du refus d’une prière commune est dans ce cas la certitude que les règles canoniques interdisent toute prière avec les croyants d’autres confessions. Pensez-vous qu’on puisse prier ensemble avec les catholiques ou les protestants, s’il ne s’agit pas d’une liturgie ?
- Il est malheureusement vrai, que les Canons des premiers siècles interdisent de prier avec des hérétiques. Donc, ceux qui mettent en application ces Canons, dans des situations pareilles, suivent en effet la voie stricte de l’acribie, comme nous le disons en grec. D’autres orthodoxes affirment, d’autre part, que la situation actuelle est différente de celle des premiers siècles. C’est pourquoi, nous pouvons avoir une certaine communion dans des prières communes, avec les chrétiens qui reconnaissent les premiers Conciles Œcuméniques, qui croient en la Trinité et qui confessent le Christ comme étant le Dieu parfait et l’homme parfait. C’est la voie de l’économie. Les arguments du second groupe qui suit la voie de l’économie peuvent être les suivants : la situation a changé et nous ne pouvons plus comparer les chrétiens des autres confessions actuelles avec les hérétiques des époques anciennes, tels que les sabelliens ou les ariens. Je trouve et c’est mon avis personnel, que nous pouvons bien sûr prier ensemble. J’accepte volontiers, des invitations venant d’autres chrétiens, à être présent à leurs célébrations. Dans ce cas je ne mets pas de vêtements liturgiques. Mais je peux faire des homélies, quand on m’y invite. A Oxford, par exemple, on m’invite souvent à faire des sermons à la chapelle de l’université, où célèbrent les anglicans et dans ce cas là, j’accepte. Ou bien, si on me le demande, je peux aussi donner une bénédiction. Je ne pense pas être en compromis avec ma foi orthodoxe. Ainsi, avec réflexion nous pouvons suivre la voie de l’économie.
- Il me semble que les Canons interdisent la prière commune, si cela peut signifier une indifférence par rapport aux divergences doctrinales. Mais lorsque nous tendons à l’unité, la prière commune peut signifier que nous prenons en considération nos divergences, mais qu’en même temps, nous cherchons les voies de leur résolution.
- Je suis d’accord, que nous devons tenir compte du contexte : quelle est l’attitude des croyants d’autres confessions envers nous, nous attaquent-ils, font-ils du prosélytisme ou ont-ils une attitude respectueuse envers nous ? Il y a des situations où je ne participerais pas à une prière commune. Permettez-moi de citer un exemple : Lorsque je viens en Ukraine je ne vais que dans les églises orthodoxes, qui appartiennent à la juridiction canonique du Patriarcat de Moscou. Je n’irai jamais dans les églises du soi-disant patriarcat de Kyiv qui sont sous la juridiction du métropolite Filaret. Pour moi, c’est un nouvel exemple de rupture, que nous devons traiter avec une certaine sévérité. Dans certaines conditions, du point de vue pastoral, en tant que particuliers, nous pouvons parler et communiquer avec des personnes qui vont dans les églises du métropolite Filaret, mais je ne veux aucunement participer à des célébrations officielles et je ne veux même pas entrer dans leurs églises. C’est un nouveau schisme qui nuit à l’Eglise Orthodoxe.
Mais si nous regardons l’Eglise catholique, à l’exception de certains endroits, nous ne voyons pas de cas ou ils détruisent notre Eglise, ou qu’ils nous détournent des fidèles. Nous devons examiner les circonstances. Je crois que nous ne devons pas troubler les fidèles orthodoxes, ou nuire à leur dévouement à l’orthodoxie. Mais lorsqu’il n’y a pas de danger de troubler les fidèles, alors je crois qu’un certain degré de collaboration est possible. Lorsque je prêche à la chapelle d’Oxford tout le monde sait que j’y viens en tant qu’orthodoxe et que je témoigne de ma foi orthodoxe. Lorsque des étudiants orthodoxes viennent écouter ces sermons, ils n’en sont pas troublés. Mais dans d’autre cas la situation peut être différente.
- Depuis plusieurs années on discute en Ukraine sur la question de l’autocéphalie et les fidèles n’ont pas d’opinion commune, à ce sujet. Les uns affirment que, malgré tout, l’Eglise d’Ukraine doit être unie au Patriarcat de Moscou, d’autres veulent que l’Eglise soit complètement Ukrainienne et non pas liée à Moscou. Qu’est-ce qui est le meilleur, à votre avis, avoir dans un pays une Eglise canonique et quelques Eglises schismatiques ou avoir parallèlement deux juridictions ecclésiales soi-disant canoniques, l’une appartenant au Patriarcat de Moscou et l’autre autocéphale ou étant sous la juridiction du Patriarcat de Constantinople, mais qui soient en communion avec toutes les autres Eglises Locales ? L’existence de deux structures ecclésiales parallèles sur le même territoire n’est pas bien sûr canonique, mais c’est peut-être une solution ?
- Je reconnais que la situation en Ukraine est très compliquée. Mes connaissances dans ce domaine sont très restreintes, c’est pourquoi je ne veux pas être juge. Mais j’essaierai de formuler quelques remarques. Il est évident que la situation en Ukraine est influencée par des facteurs politiques et cela a toujours des conséquences. Nous devons nous préserver de l’influence de la politique sur la vie ecclésiale. Mais cela n’est pas facile car les personnes doivent s’identifier de façon nationale. C’est là où je vois une difficulté. Mais dans toute la mesure du possible, essayons d’examiner les questions ecclésiales du point de vue strictement ecclésial sans y mêler la politique.
L’idéal serait, sans doute, que tous les orthodoxes d’Ukraine appartiennent à une seule Eglise. Toute autre décision ne serait qu’éventuelle et provisoire. Le Patriarcat Œcuménique doit-il intervenir dans cette situation ? Je laisse cette question ouverte. Jusqu’à présent le Patriarche Œcuménique Bartholomé a été très prudent, en ne faisant pas de déclaration officielle au sujet de l’Ukraine. Moi aussi, je dois être prudent dans ma réponse.
- L’Archevêque Vsevolod, représentant du Patriarcat de Constantinople (Eglise Orthodoxe d’Ukraine aux Etats-Unis), en effectuant, au printemps 2005, une visite en Ukraine a dit que, le Patriarcat Œcuménique reconnaissait l’autocéphalie du Patriarcat de Moscou, dans ses limites avant 1686, c’est-à-dire avant le rattachement de la métropole de Kyiv. Cela a eu beaucoup de répercutions, mais aucune réaction officielle de Constantinople n’a suivi.
- J’ai du respect pour l’Archevêque Vsevolod. Si l’on regarde du point de vue historique, en 1589, lorsque le Patriarche Œcuménique a donné l’autocéphalie à l’Eglise Russe, cette dernière se trouvait dans les limites de l’Etat Moscovite qui ne comprenait pas la métropole de Kyiv. Puis, à la fin du XVII siècle, l’Etat Russe attendait que la métropole de Kyiv devienne partie intégrante du Patriarcat de Moscou. Je ne sais pas exactement si toute la procédure des pourparlers avec l’Eglise de Constantinople avait été respectée lors du rattachement de la métropole de Kyiv à Moscou. A cette époque la, le Patriarcat Œcuménique était, bien entendu, sous le pouvoir de l’empire Ottoman et sa liberté a été très restreinte. Il est possible que le Patriarcat Œcuménique n’ait alors rien pu faire, pour empêcher ce rattachement. Je ne connais pas exactement toute l’histoire du rattachement, mais je pense qu’il y a eu quand même un consentement venant du côté de Constantinople.
Trois siècles après, nous ne pouvons pas ne pas tenir compte de la situation, qui s’est faite après 1687 et faire appel à ce qui a été dit en 1589. Nous devons prendre en considération la situation actuelle. J’espère que, quelle que soit la décision qui sera prise au sujet de l’Eglise d’Ukraine, elle sera le résultat de discussions approfondies entre les deux Patriarcats – celui de Moscou et celui de Constantinople. Je pense que Constantinople n’agira pas sans consulter Moscou.
La situation actuelle en Estonie, est l’exemple de ce qui peut se produire un jour en Ukraine, comme vous l’avez décrit. En Estonie, il y a deux juridictions orthodoxes – certaines paroisses sont sous la juridiction de Moscou, d’autres sous la juridiction de Constantinople. Pour l’instant la paix règne entre elles. Du point de vue canonique cette situation n’est pas normale, mais en fin de compte, ces deux Eglises ont la bénédiction de leurs Patriarcats. Mais il est évident que ce n’est pas une situation idéale. Il est possible qu’une telle situation se produise en Ukraine, mais je ne la considère pas comme une solution idéale. A la rigueur, cela peut être un compromis temporaire. C’est pourquoi j’espère que nous choisirons la voie de la discussion entre les Patriarcats et je prie pour cela. Nous devons discuter de ces questions dans un esprit de conciliarité et ne pas agir tout seul.
Je comprends qu’un certain progrès, dans cette situation, pourrait avoir lieu après le remplacement du chef actuel du soi-disant Patriarcat de Kyiv, le métropolite Filaret, qui est déjà très âgé. A part lui, je ne vois pourtant aucun autre leader dans le Patriarcat de Kyiv,
Pour résoudre la question ukrainienne, nous ne devons pas chercher des avantages, en se plaçant les uns au dessus des autres et en essayant de gagner le plus de « points », car nous sommes tous membres d’une même Eglise Orthodoxe, chacun de nous se doit de la soutenir et nous nous devons de nous entraider, les uns les autres.
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